L'historien et les mémoires de la guerre d’Algérie

Par Vincent Perlot
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I/ Réflexions préalables

 

Les mémoires : lecture historique
L’historien et les mémoires de la guerre d’Algérie
 
Dans sa préface aux Damnés de la Terre de F. Fanon paru en 1961, JP Sartre à propos de la guerre d’Algérie se posait déjà la question : guérirons - nous ?
Guy Pervillé constate qu’aujourd’hui encore « la guerre d’Algérie a rejoint Vichy parmi les enjeux de mémoire les plus controversés, ces passés qui ne passent pas » (article dans n°288 d’historiens géographes en 2004 page 237).
En cela l’enseignement de tout ce qui touche à la guerre d’Algérie reste une question sensible.
 
La guerre d’Algérie n’est en effet pas encore totalement rentrée dans l’histoire, les passions restent vives, les querelles ou controverses toujours d’actualité …quand il s’agit d’établir les faits,  le nombre de victimes et encore plus quand il s’agit de commémorer par exemple.
Le programme de terminales s’ouvre sur la question du rapport de nos sociétés à leur passé. Il est organisé autour d’études pour aborder des questions. Il est rappelé dans ce cadre l’importance du travail autonome des élèves ainsi que l’attention qui doit être porté au travail critique sur les sources qui doivent concourir à l’acquisition de connaissances et de méthodes de travail.
Notre objectif : faire comprendre la différence entre le regard de l’historien et le regard que peut porter le témoin ou un groupe de témoins sur le passé; c’est à une meilleure connaissance de ce qu’est la démarche historique qu’il nous  faut parvenir avec nos élèves.

A l’intérieur du thème n°1, le choix est possible entre la question des rapports de l’historien et des mémoires de la 2de GM en France ou bien, le choix de la question sur l’historien et les mémoires de la guerre d’Algérie.

On a désormais l’habitude en terminales d’étudier la question de la mémoire de la 2de GM en France et de son évolution de 1945 à nos jours. Plus inhabituel est le travail sur la mémoire de la guerre d’Algérie, plus inhabituel est de centrer notre regard non pas seulement sur l’évolution de la mémoire, mais bien, sur la place des historiens face à cette évolution des mémoires.

Pourquoi choisir la question des mémoires de la guerre d’Algérie ?

            - cette question reste très sensible, notre rôle est-il de l’occulter ou de contribuer plutôt à la compréhension de nos élèves sur ces prises de positions du débat public ?

            - Notre société démocratique a soif d’objectivité, il en va de la cohésion nationale. L’historien trouve ici pleinement sa fonction sociale, favoriser, encourager, permettre le vivre ensemble. L’historien doit permettre la compréhension du passé pour construire l’avenir et donc prendre ses distances avec ce que François Hartog appelle le « présentisme » : un passé qui acquière une place grandissante dans l’espace public mais un passé instrumentalisé au service des émotions du présent.

Travailler cette question, c’est donc contribuer à notre niveau à ce que l’histoire ne soit pas constamment instrumentalisée et mettre en évidence ainsi sa place en tant que discipline scientifique.

On ne peut aborder également avec les élèves cette question sans au préalable rappeler la distinction très claire entre mémoire et Histoire :

            - le processus de mémorialisation (c'est-à-dire de construction de la mémoire) c’est attribuer une valeur contemporaine à une sélection de trace matérielle ou immatérielles du passé. Cette sélection s’inscrit dans un regard subjectif qui peut se réaliser à des échelles différentes : un groupe constitué autour d’une identité ou d’un projet- (ethnique, politique, héritiers du passé…), l’humanité  toute entière. Il peut donc y avoir autant de récits que de groupes ou de témoins différents : ces récits sont portés ensuite par des groupes plus ou moins influents, plus ou moins puissants dans l’opinion publique. Le récit peut devenir interpellateur voulant susciter de l’intérêt donc de la reconnaissance. Cette reconnaissance pouvant être enfin institutionnalisée à travers l’école, l’inscription au patrimoine immatériel de l’Unesco, le livre des célébrations nationales. La mémoire est donc au service des intérêts matériels ou symboliques d’un groupe.

            - Cela parfois abouti à des confusions avec l’histoire qui, elle, se construit sur d’autres bases : Pierre Nora oppose à la subjectivité de la Mémoire, le souci d’objectivité de la démarche historique.

L’histoire tend à l’universel, elle s’appuie sur un processus de recherche de la vérité, de démarche scientifique. L’histoire peut cependant évoluer en fonction des temporalités, de la démarche adoptée par l’historien, des sources ; elle contient donc aussi la possibilité d’évoluer parce qu’issue d’une démarche scientifique

L’intitulé de la question parle de mémoires au pluriel : pourquoi ?

Sur cette question, les camps  continuent de s’affronter ou  de s’ignorer. Aux mémoires parallèles porteuses  de nostalgie mais souvent de ressentiment, et de blessures, s’ajoute la barrière entre l’Algérie  et la France : les volontés d’apaisement qui existent sont souvent balayées par des tensions qui réapparaissent périodiquement depuis 50 ans.
La guerre d’Algérie est un conflit qui a rompu l’unité nationale, qui a divisé les forces sociales, politiques, qui a suscité des affrontements qui tiennent de la guerre civile, qui a questionné les valeurs de la République.  La construction des récits  a été assortie de jugements moraux dès le départ.
L’historien se trouve confronté ainsi dès le départ à une multiplicité de mémoires issus de groupes identifiables qui s’entrechoquent, qui divergent et qui évoluent.
Raphaelle Branche  dans son ouvrage  « la guerre d’Algérie, une histoire apaisée ? » (Collection points Seuil, octobre 2005, page 55) l’exprime : le besoin de connaissance se heurte souvent à un besoin de reconnaissance.

 

 « Tout en s'attachant à faire connaître leur passé ou à maintenir vivantes les sources de leur identité, les différents groupes porteurs de mémoire à l'origine des résurgences de la guerre d'Algérie dans le paysage public français ont en commun une posture accusatrice. Ils dénoncent, s'indignent ou s'émeuvent d'une méconnaissance de leur histoire. Et, comme en réponse, ils diffusent leur propre interprétation des événements qui les ont touchés.
Cette méconnaissance déplorée semble en fait nécessiter deux antidotes subtilement mélangés, même s'ils ne sont pas toujours explicités: une meilleure connaissance et une plus grande reconnaissance de leur passé. Car les groupes ne peuvent se satisfaire exclusivement de ce qu'ils produisent et font connaître sur leur histoire, sauf à se cantonner dans une posture de victimes incomprises, ressassant un sempiternel récit déjà partagé par ses destinataires avant même d'être émis.
Leur démarche est, en revanche, facilitée par les recherches de certaines personnes qui, tout en s'inscrivant dans le cadre légitimant de l'université, sont motivées par le désir d'œuvrer à la reconnaissance d'une histoire méconnue. Connaissance et reconnaissance sont alors intimement articulées : toute information historique servant un besoin de reconnaissance, toute revendication de reconnaissance s'appuyant sur une connaissance du passé élaborée dans un cadre scientifique. »

 La guerre d’Algérie constitue ainsi une question qui continue d’être instrumentalisée par des groupes porteurs de mémoire.

 

Les travaux des historiens continuent de s’entrechoquer : ces groupes  porteurs de mémoire  contestent les productions historiques et certains historiens (cf. Sylvie Thénault) évoquent les difficultés qu’ils rencontrent  pour travailler sur les archives en France en Algérie encore aujourd’hui.

 

Il va donc falloir présenter à nos élèves toutes ces évolutions en parallèle :

            - s’inscrire dans une évolution, dans une temporalité qui va de 1954 à nos jours : la mémoire se construisant au fur et à mesure et les historiens étant parfois acteurs et travaillant sur de l’histoire immédiate,

            - être constamment dans un regard doublement croisé : entre récits des groupes mémoriels (porteurs de mémoire) et travail des historiens et cela de chaque coté de la méditerranée, évolution en France et Algérie sont  à étudier en parallèle.

 

Avant d’aborder  la proposition de  mise en  œuvre que savons- nous du cadre général qui caractérise ces évolutions. Si nous voulons tirer des enseignements de ce que nous avons appris sur l’évolution de la mémoire de la 2de GM :

 

Trois temps principaux  caractérisent  l’apparition de la mémoire : Mémoire et histoire

 

Evolution de la mémoire

Rôle de l’historien

Le temps de l’occultation destinée à la restauration de la paix civile au sortir des conflits (on n’en parle pas pour apaiser… )

L’historien après un tel conflit établit les faits, il permet de mettre en lumière des faits d’abord occultés au fur et à mesure de l’avancement de la recherche.

Mais dans un deuxième temps des groupes sont insatisfaits et opèrent un travail de mémoire pour faire apparaitre leur récit comme légitime

Dans un deuxième temps, l’historien participe à la dénonciation de l’occultation et met en lumière ses enjeux : pourquoi avoir occulté certains pans de l’histoire ? Mise en évidence des différents intérêts dans le débat public

Dans un 3ème temps, ce sont les  réactions d e la société et le temps des conflits entre mémoires ainsi révélées. Survient alors ou pas, l’acceptation de certains récits mémoriaux par la société et  l’inscription éventuelle dans une mémoire nationale

 

De manière plus récente, le travail des historiens a permis une prise de distance avec les excès du débat public : l’historien apparait comme une vigie qui s’oppose au « présentisme » et donc à l’utilisation de l’histoire à des fins politiques.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le travail d’histoire se fait en parallèle : l’historien évalue, nuance le jugement, complète le récit, le rend plus objectif. Il est forcément confronté aux récits mémoriaux.

Concernant la guerre d’Algérie, le contexte  et les conditions d’élaboration des mémoires sont différents selon les rives de la Méditerranée : il faudra donc étudier les deux rives de la Méditerranée.

 

II/ Une proposition de démarche avec les élèves

 

Un évènement contemporain qui fait polémique

Pour aborder la question en classe terminales nous avons au maximum 4 à 5 heures. Le choix est fait d’un évènement controversé qui a suscité un affrontement entre groupes mémoriels de manière récente et dont l’étude avec les élèves permettra :

            - de comprendre que la guerre d’Algérie est toujours une question qui divise : que le travail d’histoire n’est pas abouti, que le débat public est vif ;

            - d’identifier des groupes  porteurs de mémoires qui s’affirment et qui se confrontent : les récits des mêmes évènements divergent,

            - d’appréhender des groupes mémoriels des deux cotés de la méditerranée (la volonté a été d’utiliser des sources françaises et algériennes),

            - de comprendre la place et le rôle que peuvent jouer les historiens,

            - de saisir la différence entre mémoire et histoire.

L’enseignant aborde le thème avec ses élèves par cette séance consacrée à la sortie du film Hors la Loi en 2010 au festival de Cannes. Un travail préparatoire préalable a permis de remobiliser les connaissances sur la guerre d’Algérie.

Une frise chronologique des évènements marquant du conflit (étudié en première) peut être demandée ainsi que des éléments de vocabulaire afin d’identifier les acteurs du conflit : Harkis, Appelés, FLN, « Pieds noirs », rapatriés…Il serait bon également de demander aux élèves de se documenter sur les évènements de Sétif et Guelma en étant attentif aux sources qu’ils utilisent.

 

Avec le diaporama, la séance commence par une présentation menée par l’enseignant. --> LIEN VERS LE DIAPORAMA

 

1) La Présentation du film Hors la Loi lors du festival de cannes 2010 puis sortie en France en septembre 2010

 

Présentation du thème abordé :
« Le long métrage du Franco-Algérien Rachid Bouchareb raconte le parcours de trois frères dont la famille a survécu aux massacres de Sétif, répression sanglante d'émeutes nationalistes en 1945, sur fond de guerre d'Algérie (1954-1962) puisque les scènes finales évoquent le massacre du 17 octobre 1961 à Paris. « 
L’auteur : Rachib Bouchareb (biographie diaporama)
Rachib Bouchareb est algérien d’origine né à Paris, assistant, réalisateur puis producteur de film.
Primé à plusieurs reprises, il a été particulièrement reconnu lors de la sortie en 2006 du film Indigènes qui attira l’attention sur les régiments de tirailleurs africains au sein des troupes qui libèrent l’Europe du joug nazi durant la 2de GM.
 
 « D'origine Algérienne, né à Paris, il commence sa carrière comme assistant de mise en scène à la télévision, de 1977 à 1984. Durant cette période, il réalise quelques courts métrages puis son premier long métrage en 1984.
En 1989, il démarre une carrière de producteur de cinéma et produira plusieurs films, notamment La Vie de Jésus (1997), L'Humanité (1999), Flandres (2006), des films de Bruno Dumont qui sont récompensés au Festival de Cannes. 
Rachid Bouchareb réalise ensuite plusieurs long-métrages.
Il est à plusieurs reprises nommé pour ses films. En 1995, Poussières de vie est nommé pour l'Oscar du meilleur film étranger.
 En 2001, Little Sénégal est nommé pour l'Ours d'or de Berlin et reçoit le Prix du meilleur long métrage au 11e Festival du cinéma africain de Milan.
Le film Indigènes en 2006 fut en lice pour la Palme d'or et reçut le Prix d'interprétation masculine pour l'ensemble de ses acteurs au Festival de Cannes 2006, le prix du meilleur scénario aux Césars.
En février 2009, son film London River reçoit une distinction à la Berlinale .L'acteur Sotigui Kouyaté y reçoit l'Ours d'argent du meilleur acteur. »
 
Une fiche  est remise aux élèves leur demandant d’identifier les différents acteurs  ou groupes qui prennent position par rapport à la sortie du film et de noter les différents arguments échangés (voir annexe 1)

 

2) Un film qui provoque le débat avant sa présentation…

 

Avant la projection, le film suscite un début de polémique suite à la déclaration de Rachid Bouchareb où il indique qu’« une des ambitions du film est de "faire la lumière sur ce pan de l’histoire commune aux deux pays" et de "rétablir une vérité historique confinée dans les coffres" » interview d’El Watan juin 2009.
Des réactions à droite de l’échiquier politique : Dès le mois d'octobre 2009, l'hebdomadaire Valeurs actuelles, marqué très à droite, lançait les hostilités en dénonçant « deux heures trente de plaidoyer pro-FLN à 20 millions d'euros ».
Le  député UMP des alpes maritimes Lionel Luca dénonce, avant même de l’avoir vu, une "falsification" de l’histoire dans son évocation du massacre de Sétif. Alerté par des interviews du réalisateur, et craignant que le film ne soit sélectionné sous les couleurs françaises à Cannes, M. Luca avait saisi courant 2009 le secrétaire d’Etat à la Défense et aux Anciens combattants, Hubert Falco.
Ce dernier avait demandé au service historique du ministère de la Défense (SHD) un "avis historique" sur le projet de M. Bouchareb.
 
 

3) L’état interpelé

 

_Le ministre de la culture F. Mitterrand : "J'observe que la plupart de ceux qui en parlent ne l'ont pas vu", a-t-il dit. "Je le verrai moi-même très prochainement pour me forger une opinion. Les historiens feront aussi ce travail d'analyse, même s'il s'agit d'un film de fiction".
"Les débats sur le drame de la guerre d'Algérie sont sains, ils nous aident à reconstituer une trame essentielle de notre passé récent".
« Les événements tragiques de Sétif sont connus, de nombreux historiens les ont relatés à travers livres et documentaires de télévision »
_Le secrétaire d'Etat à la Défense et aux Anciens combattants, Hubert Falco, a écrit à Lionel Luca pour lui indiquer que le Service historique de la défense (SHD) avait été saisi en juin 2009 afin d'analyser le contenu historique du synopsis de "Hors la loi".
Dans son rapport rendu en septembre, le SHD a relevé des "inexactitudes pas conformes à l'Histoire" à propos de Sétif, a-t-on précisé dans l'entourage d'Hubert Falco.
"Entre le mois de juin et maintenant, le scénario a forcément évolué. Aujourd'hui, personne n'a vu le film ici, donc on ne peut pas se prononcer", a-t-on ajouté de même source.
On montre ainsi aux élèves qu’avant même sa sortie un film qui traite des évènements du 8 mai 1945 en Algérie soulève de l’émotion et que l’on se tourne vers l’Etat pour trancher les débats. On ne souhaite pas que le film soit présenté dans la sélection française. Il ya ainsi la volonté d’un groupe défenseur d’une mémoire de censurer une expression publique ici cinématographique
Les positions de l’état elles - mêmes, sont discordantes entre les deux ministres ; on présente aussi le service historique des armées dont la neutralité n’est pas garantie : n’est-il pas défenseur de l’image de l’armée ?
Les élèves peuvent remplir un organigramme faisant apparaitre les intervenants dans le débat public et leurs arguments.

 

4) Des manifestations au moment du festival de Cannes

 

A partir d’articles de presse issus de journaux français et algériens, à partir des différentes images issues du journal Le Monde puis d’un extrait vidéo, l’enseignant présente les manifestations lors de la sortie du film ; des acteurs sont identifiés, la question du 8 mai et de Sétif est précisée :
- un comité « Pour la vérité historique »  argumente contre le film : « rouvrir les blessures de la guerre et fausser l’histoire ».
-le député Lionnel Luca parle d’un réalisateur partial, d’un film révisionniste, d’« une présentation erronée du 8 mai », de la réalité « des européens victimes d’une insurrection préparée ».
-les associations de Pied noirs :      - « c’est un film contre la colonisation, contre la France »
                                               - « les jeunes d’origine algérienne en France vont considérer que les  français sont toujours des salauds, que l’armée a tué leur famille »
-Gilles Manceron historien :            - il y a certes des erreurs mais c’est une fiction
                                               - c’est du clientélisme, on ne peut pour certains critiquer la colonisation et  « l’histoire » est ici utilisée à des fins politiques.
- les harkis, les anciens combattants : « Défendre la mémoire de ceux qui, combattants de l’armée française, sont tombés à Sétif »
L’enseignant rappellera les évènements de Sétif tels que les historiens les ont établis. Extrait de la revue Hérodote :
 « Quand la victoire de la démocratie sur la barbarie nazie est apparue imminente, certains musulmans d'Algérie ont espéré que serait enfin mis en application le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes.
Parmi eux Messali Hadj, chef du PPA (Parti Populaire Algérien), interdit depuis 1939. Mais celui-ci est jeté en prison par les autorités françaises et 20.000 de ses partisans défilent le 1er mai 1945 à Alger en sa faveur.
Le matin du 8 mai, une nouvelle manifestation survient à Sétif aux cris de «Istiqlal [Indépendance], libérez Messali». Les militants du PPA ont la consigne de ne pas porter d'armes ni d'arborer le drapeau algérien mais un scout musulman n'en tient pas compte et brandit le drapeau au coeur des quartiers européens.
La police se précipite. Le maire socialiste de la ville, un Européen, la supplie de ne pas tirer. Il est abattu de même que le scout. La foule, évaluée à 8.000 personnes se déchaîne et 27 Européens sont tués dans d'atroces conditions. L'insurrection s'étend à des villes voisines, faisant en quelques jours 103 morts dans la population européenne.
La répression est d'une extrême brutalité. L'aviation elle-même est requise pour bombarder les zones insurgées. Après la bataille, les tribunaux ordonnent 28 exécutions et une soixantaine de longues incarcérations.
Officiellement, les autorités françaises estiment que le drame aura fait 103 morts chez les Européens et 1.500 chez les musulmans. Les autorités algériennes parlent aujourd'hui de 45.000. Les historiens spécialistes évoquent quant à eux 8.000 à 20.000 morts. » (Source hérodote.net : http://www.herodote.net/histoire/evenement.php?jour=19450508).
 
La dernière image de ces manifestations permet de faire prendre conscience aux élèves que, depuis que le problème est présenté, deux mots sont revenus à plusieurs reprises : mémoire et histoire.
C’est l’occasion pour le professeur de présenter la définition des deux termes :
 
  • La mémoire est un regard  porté sur le passé qui se base sur des souvenirs et dépend ainsi étroitement du contexte dans lequel cette mémoire s’exerce : c’est une sélection de trace matérielle ou immatérielles du passé. Elle peut être partielle, incomplète volontairement ou non, elle tient davantage au subjectif. Ces récits sont portés par des groupes plus ou moins influents, plus ou moins puissants dans l’opinion publique. La mémoire peut  évoluer, elle est propre à chaque groupe particulier.
 
  • L’histoire est une reconstruction scientifique qui a pour but de faciliter la compréhension: elle se veut objective et rigoureuse et a vocation à l’universel (être admis par tous).
L’histoire repose sur une démarche scientifique d’analyse d’archives ou de témoignages, de mise en relation de faits. L’histoire peut cependant évoluer en fonction des temporalités, de la démarche adoptée par l’historien, des sources 
 

 

5) Des manifestations lors de sa sortie en salle

 

La polémique ne retombe pas et se poursuit à l’automne 2010 : extrait de deux articles d’El Watan qui évoquent la volonté de cette « nostalgérie » d’empêcher la diffusion du film. Volonté de censure, usage de la violence.
On s’aperçoit que se mêle à cette revendication mémorielle des groupes d’extrême droite porteurs de haine et de racisme. L’idée est de faire comprendre aux élèves que personne dans notre société démocratique ne peut avoir intérêt à ces affrontements de mémoires qui empêche le vivre ensemble.
 
 

6) Des voix discordantes

 

La sortie du film de Bouchareb est aussi soutenue par ce journaliste indépendant algérien fondateur d’El Watan, Ali Bahmane qui reprend d’ailleurs, des chiffres cette fois-ci exagérés de la tuerie de Sétif (à confronter avec le point de vue des historiens déjà précisé), qui parle de « crime contre l’humanité » et qui se félicite de la fin de l’amnésie sur ces évènements. Tout cela doit être souligné avec les élèves : il y a donc une vision algérienne des évènements de Sétif en opposition avec la vision des groupes de nostalgiques de l’Algérie française. L’organigramme est complété.
En France, dans le sud est, certains hommes politiques (ici socialiste) se félicitent d’avoir financé le film ; il parle avant tout d’une fiction et convient d’une vision subjective.

 

 

7) Quel problème posé

 

A ce stade le professeur présente la situation actuelle de l’évolution des mémoires de la guerre d’Algérie à partir de cet exemple des évènements de Sétif : il met en évidence le cloisonnement des mémoires, le besoin toujours actuel de reconnaissance qui fonde l’identité, l’existence de blessures et de frustrations non apaisées.
Il met aussi en évidence les affrontements entre groupes mémoriaux en France mais aussi par-dessus les deux rives de la méditerranée.
Il montre qu’il ne peut dans ce cadre y avoir de position de l’Etat qui fasse consensus.
Tout cela correspond à une prise de recul qui se traduit dans le diaporama joint (diapo 19)
 
 

8) Quel rôle pour l’historien ?

 

Partant de cette question du film Hors la Loi, il est intéressant de montrer aux élèves :
            - qu’une historienne d’origine algérienne critique le film et ses erreurs, qu’elle ne se comporte pas en porteuse de mémoire, qu’elle s’appuie sur des éléments précis, permet ou non de valider un récit. Elle se satisfait qu’on aborde un fait occulté, le rôle de l’immigration algérienne en France dans la guerre d’indépendance.
            - Benjamin Stora un des principaux spécialistes de la question porte lui aussi un regard très critique vis-à-vis de ce  film mais il souligne des points positifs : un point de vue différent, nouveau celui de l’immigré, une généalogie de la violence coloniale, et parce qu’il montre l’ancienneté de la présence ouvrière immigrée en France.
            - Guy Pervillé dénonce les libertés prises par le scénario vis-à-vis de la réalité historique.
Ces trois exemples sont complétés par la tribune parue dans le Monde le 5 mai 2010 en pleine polémique, issue d’un collectif d’historiens mais aussi de cinéastes et d’auteurs pour s’élever contre la guerre des mémoires (voir textes en annexe 3). Il s’agit bien de mettre en évidence ce que doit être le travail de l’historien dan cette période où l’objet d’étude reste source de tensions.

           

            - Des historiens qui s’engagent dans le débat public

            - Des historiens qui veulent prendre du recul et qui empêche qu’un récit s’installe au détriment des autres

            - Des historiens qui analyse scientifiquement, qui évaluent, qui établissements les faits

            - Des historiens qui défendent la liberté d’expression d’artistes ou de cinéastes

            -  Les fictions peuvent contribuer à faire progresser la connaissance mais on ne doit pas les considérer comme des travaux d’historiens

            - Des historiens qui dénoncent la récupération politique d’éléments historiques : il s’agit ici de lutter contre le présentisme

            - Des historiens qui refusent que l’état dicte une histoire officielle

 

 

9) Qu’en a-t-il été par le passé ? Comment mémoires et histoire ont évolué depuis 1954 ?

 

            a) Après cette entrée centrée sur  la sortie du film Hors la loi il faut mettre tout cela en perspective.
Il est bon de rappeler sous forme d’un organigramme quelles sont les différentes « mémoires en présence » lorsque l’on aborde la guerre d’Algérie.
Une grande partie du travail a été mené mais il s’agit pour chaque groupe porteur de mémoire de rappeler les enjeux, les demandes, les éléments d’identité. Les travaux de benjamin Stora peuvent aider.
 
On peut imaginer  un 2ème temps d’activité à l’intérieur du thème, où les élèves autour d’un petit dossier documentaire d’extraits de  témoignages préparés par l’enseignant, en petit groupe, préparent une  présentation de chaque groupe mémoriel (éléments identitaires, revendications).
 
            b) Il s’agit ensuite de montrer, dans un troisième temps, l’évolution de ces mémoires : ont-elles été occultées, toujours présentes et visibles, se sont-elles toujours affrontées ? Il faut alors bâtir avec les élèves une frise chronologique pour chacun des deux pays Algérie et France.
Un tableau ci-joint (annexe 4)  à usage du prof peut être simplifié et servir de trace écrite à la classe.
 
            c) Enfin, il faut montrer le rôle et la place des historiens face à ces récits aux différentes époques.
Tableau et frise sont à nouveau utilisés (voir annexe 4).
 
A la fin de cette étude, les élèves savent faire la différence entre travail de mémoire et d’histoire, avoir compris les évolutions, avoir saisi les enjeux de la mémoire des deux cotés de la Méditerranée.
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