Socialisme et mouvement ouvrier

Proposition élaborée par Olivier Matthieu, Désiré Hochedez, Xavier Beinaert, Olivier Fumery et Vincent Perlot
 
Le groupe lycée  a choisi cette année de travailler sur le nouveau programme de terminales. Concernant le  thème 2 «  Idéologies, opinions et croyances en Europe et aux États-Unis de la fin du XIXe siècle à nos jours », cette question nouvelle « Socialisme et mouvement ouvrier » nous a particulièrement intéressés. Nous faisons ici une proposition de démarche et d’activités pour traiter la question « Socialisme, communisme et syndicalisme en Allemagne depuis 1875 ». Il ne s’agit bien évidemment que d’une série de propositions et de réflexions (testés en classe par les concepteurs)  qui ne peuvent constituer une norme mais qui nous l’espérons aideront les enseignants qui abordent cette question en terminales ES ou L en proposant des pistes nouvelles.
 
 

LE SOCIALISME ET LE MOUVEMENT OUVRIER EN ALLEMAGNE (1875 à nos jours)

 

Démarche 

Cette partie du programme propose aux élèves de s’interroger sur les ressorts d’une histoire des croyances, des idéologies et des médias. Il s’agit donc de montrer les apports de l’histoire culturelle à la compréhension des évolutions historiques globales. Plus spécifiquement, ici, il s’agit de montrer comment une idéologie a pu mobiliser des hommes et les mettre en mouvement ou pour le dire autrement que les idées ne sont pas gratuites, que les discours idéologiques ne sont pas qu’un verbiage insignifiant (ce qui est une représentation aujourd’hui courante) mais qu’elles ont engagé des millions d’hommes dans leur chair et leur âme.
Les problématiques en rapport avec le thème 2 du programme sont les suivantes : qu’est-ce qu’une idéologie ? Quel rôle joue-t-elle dans l’histoire, quelle est sa puissance ? Comment est-elle utilisée par le(s) pouvoir(s) ?

 

En quoi, pendant un siècle et demi, l’idéologie socialiste a-t-elle été le fondement du mouvement ouvrier et comment ce mouvement ouvrier se manifeste-t-il aux différentes époques de l’histoire allemande?

 

Travail préparatoire/travail de synthèse 

Un travail préparatoire peut être demandé aux élèves : l’enseignant pourra choisir de privilégier une mise au point chronologique (fiche 1 travail préparatoire frise chronologique). Il peut s’agir également de préparer l’étude à travers la lecture de larges extraits du Manifeste du Parti Communiste (fiche 2 annexe) qui permettra d’aborder les notions  d’idéologie, de classe, de lutte des classes et de marxisme, notions que l’on mettra en œuvre en cours. Ce travail peut s’articuler avec les réflexions menées en sciences économiques et sociales et en philosophie.

 

Dossier-élève : les ouvriers et le socialisme en Allemagne (de 1875 à nos jours) (annexe 3)

Le dossier met en œuvre trois séries de deux documents (1 document iconographique relevant de production de « propagande » et 1 texte de nature plus« programmatique »). Le but de l’analyse sera de montrer quelle place est assignée aux ouvriers par l’idéologie « socialiste ». Des questions simples permettent de familiariser les élèves aux nouvelles consignes de travail plus « autonome » sur les documents notamment dans le cadre de confrontation. Cette méthodologie permettra également de préparer l’étude de deux documents, épreuve du bac.
 
Ce dossier ne peut donc être exhaustif et il ne considère que trois « moments » :
  • L’Allemagne Wilhelmienne : un extrait du programme de Gotha + une lithographie tirée des associations ouvrières.
  • L’Allemagne de Weimar : un extrait de « Que veut Spartacus ? » + une affiche de propagande
  • L’Allemagne de la Guerre Froide : un extrait du code du travail de RDA + un timbre-poste célébrant le mineur Henneke

 

La reprise commune du travail d’analyse des documents sert de support au cours, les analyses étant élargies par des apports magistraux.  

Le dossier permet de distinguer 3 mises en scène de la figure de l’ouvrier assez différentes qui vont servir de matrice au développement du cours.
Chacun des 3 moments est traité en trois points sur le plan suivant :
  • Diagnostic sur la question ouvrière, leur place dans la société et leurs aspirations
  • Les réponses idéologiques apportées par les courants socialistes à ces aspirations
  • Le bilan des idéologies dans la mobilisation ouvrière, leur inscription dans les luttes politiques

 

Une démarche alternative est possible en histoire des arts : le travail en histoire des arts, proposé en conclusion de chacune des parties, peut aussi servir également d’introduction ; l’enseignant choisira l’entrée qui lui semble la plus judicieuse, il pourra s’appuyer sur la fiche annexe 6.

 

En introduction l’enseignant peut s’appuyer sur les travaux préparatoires proposés (fiche 1 ou fiche 2). La problématique du chapitre est ensuite amenée. On peut le faire à partir du diaporama joint en annexe 4. La frise chronologique des grandes périodes de l’histoire allemande est également présentée.
Elle sera complétée au fur et à mesure du déroulé du chapitre par une frise récapitulant les grandes dates du socialisme, du communisme et syndicalisme allemand depuis 1875 (présentée en annexe 7).

 

Diaporama d’introduction pour poser la problématique (annexe 4)
Diapo n°1 :
1er encadré en bas : Gravure qui commémore un évènement du 22 mai 1875 : la naissance d’un parti politique, le SAPD (Sozialistische Arbeiterpartei Deutschlands , Parti socialiste des ouvriers socialistes d’Allemagne) qui prend le nom en 1890 de S.P.D. (Sozialdemokratische Partei Deutschlands, Parti social-démocrate d’Allemagne). Cette naissance se déroule à Gotha , petite ville de Silésie, au cours d’un Congrès rassemblant des délégués de plusieurs organisations qui décident de fusionner. Ce sont les noms des participants qui figurent sur la gravure, et les portraits des plus importants qui sont dessinés.
            Ovale : Ce qui les amène à fusionner c’est que, par delà leurs différences, les organisations représentées sont socialistes. On peut définir le socialisme comme un mouvement politique qui se donne comme objectif une plus grande égalité sociale en supprimant l’exploitation de l’homme par l’homme, une société que Marx qualifie de « communiste » ; le socialisme critique donc le capitalisme libéral. Mais s’ils sont tous d’accord là-dessus, les socialistes se sont toujours partagés (et se partagent encore) en de multiples tendances (le communisme représente au 20ème siècle une ce ces tendances). Karl Marx et Ferdinand Lassalle (décédé en 1864) inspirent les deux organisations socialistes importantes qui fusionnent à Gotha.
            Encadré central : Ce parti allemand se réclame d’un mouvement international car de nombreuses organisations socialistes sont nées dans les pays qui s’industrialisent, essentiellement en Europe ; elles veulent coordonner leur action.
            Le socialisme inspire aussi des syndicats qui défendent eux les intérêts professionnels des travailleurs, en particulier face aux patrons. En Allemagne une grande confédération syndicale naît en 1892 et prendra un peu plus tard son nom définitif, la D.G.B. (Deutscher Gewerkschaftsbund, Confédération allemande des syndicats).
            Organisations politiques et syndicats ont donc comme point commun de répondre aux aspirations des ouvriers. L’Allemagne se caractérise par la précocité et la puissance de ce mouvement ouvrier… et sa permanence. Les organisations nées au 19ème siècle sont encore très importantes au 21ème, alors même que le contexte a changé et qu’elles ont traversé tous les accidents de l’histoire.
Diapo 2 : Le contexte, l’histoire politique de l’Allemagne depuis 1875 (en faisant apparaître un par un les différents évènements sur la frise chronologique préparée en amont sur la fiche n°1) et mise en place avec les élèves de la problématique.

 

En quoi, pendant un siècle et demi, l’idéologie socialiste a-t-elle été le fondement du mouvement ouvrier et comment ce mouvement ouvrier se manifeste-t-il aux différentes époques de l’histoire allemande?

 

A – L’ouvrier, la figure du producteur exploité dans un monde industriel en formation

L’enseignant s’appuie à chaque fois sur les deux documents du dossier élève pour aborder ces 3 temps de l’étude. Les élèves ont préparé à la maison et chacun des 3 temps de cette étude commence par une reprise des questions posées. Il apporte ensuite un certain nombre de notions de manière plus magistrale
 

CONSIGNE DE TRAVAIL

Réfléchissez au lien entre les deux documents qui vous sont proposés pour chacune des périodes :
1- Comment les ouvriers sont-ils mis en scène dans l’image ?
2- Quel rôle et quelle place leur est assigné par les textes « programmatiques » ?
3- Quel lien peut-on établir entre ces deux documents ? S’en dégagent-ils une vision commune ?

 

1- La formation de la classe ouvrière

Les ouvriers forment alors le petit peuple des villes, les travailleurs urbains : ce milieu social connaît des bouleversements profonds liés au mouvement de modernisation et d’industrialisation de l’Allemagne (exode rural, migrations interrégionales, fin des cadres corporatifs). Ils vivent dans des conditions matérielles dures, promiscuité et insalubrité du logement, journée de travail longue, faiblesse des revenus. L’idée de « prolétaires » (ceux qui ne possèdent plus que leurs enfants en seul bien) enregistre bien cette évolution, celle d’un groupe qui se constitue sur une dépossession absolue et sur une exclusion sociale.
Ce groupe social est donc à la recherche d’une identité nouvelle et trouve des solutions à ses conditions de vie dans une solidarité horizontale, de base : les organisations ouvrières sont d’abord des associations d’entraide (caisse de secours, micro-crédits, gestion d’assurance) et de socialisation (clubs de lecture, de chant, de musique… de fumeurs de pipe).

 

2- Le socialisme comme réponse idéologique aux aspirations ouvrières

Les courants libéraux et chrétiens récupèrent ces aspirations et organisent des associations ouvrières.
Mais les idéologies socialistes y répondent le plus efficacement : 
  • Les lassaliens proposent aux ouvriers une organisation séparée des forces politiques libérales portées par la bourgeoisie. Les organisations ouvrières doivent se fédérer et s’organiser en une force politique autonome (ADAV) capable de négocier pour les travailleurs avec l’Etat une place dans la société, garantie par des droits sociaux.
  • Les marxistes sont minoritaires mais ils fusionnent leur parti avec les lassaliens. Le marxisme devient l’idéologie dominante au sein du nouveau parti unifié (SAPD puis SPD). La théorie marxiste permet en effet de rendre compte du mouvement d’industrialisation rapide que connait l’Allemagne ; elle inscrit la constitution d’une classe ouvrière dans une histoire globale de l’humanité : la classe ouvrière n’est pas seulement la classe des exclus et des damnés, elle doit jouer un rôle révolutionnaire et permettre l’émancipation de toute l’humanité.
Par ailleurs, la répression étatique impulsée par les « lois antisocialistes » de 1878 soude ces travailleurs organisés dans l’idée que la classe ouvrière est engagée dans une opposition radicale à l’Etat et à la société.
Ce sentiment antiétatique nourrit aussi la rhétorique « internationaliste » du socialisme : la classe ouvrière doit être solidaire à l’échelle mondiale et renoncer au nationalisme.

 

3- Le socialisme face au pouvoir : réformes ou révolution ?

Le socialisme connait un essor important :
  • Les militants socialistes sont aussi des militants syndicaux, ils organisent des syndicats puissants et créent une centrale syndicale unitaire qui dépasse les syndicats chrétiens et libéraux. Ce syndicalisme de masse est dynamique et combattif. Lors de la vague européenne de mouvements sociaux de 1905-1906 (révolution russe), il organise plus de 5 000 grèves, entrainant des centaines de milliers de travailleurs. Le patronat reste globalement  intraitable (250 000 ouvriers sont locks-outés) mais certains patrons commencent à le reconnaitre comme un interlocuteur.
  • Les militants socialistes forment un parti de masse de plus d’un million de membres (dont 175 000 femmes) qui animent des associations, souvent à l’échelle du quartier et dont le cœur est souvent le café tenu par un militant. La presse socialiste (le Vorwärts) contribue directement à politiser le milieu ouvrier mais ce sont surtout leurs activités associatives qui influencent la vie culturelle et sociale du milieu ouvrier par des bibliothèques, des orphéons, des sociétés de gymnastique. Les coopératives (2 millions de membres), les assurances ouvrières (conquises et gérées par les militants socialistes) et les syndicats (qui gèrent des fonds de secours mutuels et redistribuent 19 marks  par an par ouvrier affilié) représentent également un puissant facteur d’attraction matérielle autour de cette « Contre-Société ».  
  • L’idéologie socialiste met donc en mouvement les ouvriers, les mobilise  dans un projet global de société. Ses progrès semblent irrésistibles : en 1912, le SPD recueille 35% des voix (et 75% à Berlin) et obtient 110 députés au Reichstag où il représente le 1er groupe politique. Bebel qui dirige le parti est surnommé le « Contre-Empereur ». La classe ouvrière ainsi organisée se voit comme un mouvement unitaire et à vocation hégémonique. L’idée s’impose que grâce aux progrès électoraux et législatifs, le socialisme est l’avenir de la société.
  • Néanmoins cette image unitaire cache aussi une réalité plus hétéroclite dont témoigne le nom même de « social-démocratie » (et non celui de Parti Socialiste ou même de Parti Communiste qui est pourtant le nom choisi par Marx pour son Manifeste de 1848). Les aspirations ouvrières ne sont pas forcément des aspirations révolutionnaires, elles peuvent être comprises aussi comme la revendication d’une intégration à la société et à l’Etat en train de se constituer, celle d’une meilleure représentation et d’une prise en compte des intérêts spécifiques des ouvriers dans la société impériale. L’historienne S. Kott préfère pour cette raison employer l’expression de « subculture » socialiste plutôt que celle de « contre-société ».
 
  • Le programme révolutionnaire est largement rhétorique. Les lois antisocialistes (levées en 1890) puis la dénonciation systématique des socialistes comme ennemis de la nation témoignent bien d’un Etat autoritaire mais, au même moment, les lois sociales montrent que l’Empire est prêt à négocier avec les ouvriers et à leur faire une place, en les laissant s’organiser à la base (coopératives, assurances sociales, négociations syndicales) tant que l’action ouvrière n’envisage pas réellement un changement de la forme « impériale » de l’Etat allemand. Il s’agit de nationaliser, d’intégrer la classe ouvrière pour désamorcer son potentiel révolutionnaire.
 
  • La crise « révisionniste » commencée au milieu de la décennie 1890, témoigne de l’existence dans la social-démocratie d’un courant favorable à l’abandon du marxisme révolutionnaire au profit de ce projet d’intégration dans la société impériale. Pour Bernstein et les « réformistes », les socialistes doivent promouvoir des réformes sociales par la voie légale, législative et syndicale.
 
Face à ce courant révisionniste, des dirigeants comme R. Luxemburg, K. Liebknecht ou Clara Zetkin continuent à défendre un marxisme révolutionnaire qui s’appuie notamment sur les enseignements des secousses sociales de 1905-1906 et sur le refus des logiques militaristes en train de s’affirmer en Europe.
  • Jusque 1914, la direction du SPD (Bebel et Kautsky) dénonce officiellement les dérives réformistes même si dans la pratique parlementaire, son opposition à l’Empire est beaucoup plus souple. Lors de l’entrée en guerre, cette même direction se solidarise de la politique impériale en votant les crédits de guerre et renonce à ses principes internationalistes.

 

-->Cette première partie peut se conclure par une ouverture en Histoire des Arts : la Grève de R. Koehler. (voir diaporama annexe5)
Le tableau met en scène :
  • Un paysage industriel typique de la Révolution Industrielle
  • L’opposition entre le patron et les ouvriers : paternalisme, société d’ordre, confrontation dans un espaces familier (le château et la ville ouvrière).
  • une grève qui semble tourner à l’émeute. Le mouvement ouvrier y apparait sous différentes formes : la colère, la recherche d’un affrontement, la temporisation (par une domestique) et la négociation entre le meneur (« l’homme de confiance ») qui semble déterminé (et qui ne se laisse pas impressionner, peut-être un militant socialiste) et le patron.

 

B- L’ouvrier comme figure du combattant révolutionnaire à l’heure de la « Guerre Civile Européenne ».

 

1- La classe ouvrière : « devant elle béait un gouffre » (R. Luxemburg)

L’Allemagne présente le double visage d’une société très moderne et d’un monde traumatisé par la défaite, au bord du précipice.
La classe ouvrière est très nombreuse et très concentrée dans le pays où le capitalisme industriel a poussé le plus loin ses logiques. L’Allemagne, c’est le pays des ouvriers d’usine.
En même temps, l’Allemagne connait le choc de la guerre et de la défaite : blessure morale, amputation territoriale, hyperinflation, occupation de la Ruhr... La société impériale, très rigide dans sa structuration sociale est ébranlée sur ses fondations : la monarchie est remplacée par une république, l’armée, colonne vertébrale de l’Etat impérial, est réduite par le Traité de Versailles.
Dans ce monde en crise, où les forces dirigeantes classiques sont défaillantes, la classe ouvrière se pose comme une alternative politique. Dès novembre 1918, le patronat s’empresse de négocier avec les syndicats notamment sur la limitation de la journée de travail à 8 heures mais aussi sur le principe de contrats de travail garantis par des conventions collectives. En échange, le patronat obtient la reconnaissance du caractère inaliénable des propriétés privées et écarte l’idée de nationalisations dans une économie pourtant ruinée par le sous-investissement des temps de guerre.
Aux élections de 1919, la droite est balayée, les socialistes représentent 45% des Voix. Même le tout jeune parti nazi éprouve le besoin de se dire « ouvrier », « socialiste » et révolutionnaire pour s’affirmer dans ce contexte et défendre par ailleurs son programme nationaliste et revanchard.

 

2- L’éclatement du socialisme face à la question du pouvoir : socialistes et communistes

Deux options idéologiques se présentent chez les socialistes, celles des dirigeants réformistes du SPD (socialistes) et celles de la minorité révolutionnaire (la Ligue Spartakiste) qui choisit de s’organiser dans un nouveau parti et qui choisit le nom de « communiste » pour marquer sa rupture avec la « vieille maison ».
  • Celle du SPD qui adopte une voie réformiste : dans le cadre du nouveau régime, une république parlementaire, la classe ouvrière doit conquérir la majorité par les élections pour accéder au pouvoir légal. Les socialistes au pouvoir mettent en place une législation sociale qui améliore tous les aspects de la vie sociale (droit de vote féminin, politique du logement, conventions collectives garanties par le droit).
  • Celle du KPD qui adopte une voie révolutionnaire : la guerre et les secousses révolutionnaires qui ont lieu partout en Europe marquent la fin du règne de la bourgeoisie. Les ouvriers doivent préparer la prise du pouvoir : en 1918-19, les communistes appuient les conseils ouvriers armés, en 1923, ils organisent une insurrection militaire (Hambourg). Le reflux de la vague révolutionnaire isole le KPD au sein des ouvriers, son appareil est de plus en plus contrôlé par Staline (« bolchévisation ») : son discours et son modèle deviennent de plus en plus référés à l’expérience soviétique.
Dès novembre 1918, ces deux options idéologiques se confrontent violemment : les socialistes dirigent le premier gouvernement républicain et prennent la décision de recourir à l’armée pour désarmer et écraser les conseils ouvriers à Berlin puis dans le reste de l’Allemagne. Les expéditions meurtrières des « Corps Francs » assassinent R. Luxemburg et K. Liebknecht et inaugurent un cycle de violence politique menée par l’armée et les paramilitaires que poursuivront les milices SA des nazis. 

 

3- Socialisme et communisme : les crispations idéologiques

La question idéologique radicalise les luttes sociales dans un monde profondément déstabilisé par la guerre, la défaite, la révolution et la crise. Elle génère en retour une violence propre (qu’ Enzo Traverso assimile à celle d’une « guerre civile ») et une brutalisation du champ politique particulièrement marquée en Allemagne où toutes les manifestations, les grèves prennent un tour violent. Les organisations politiques, SPD et KPD sont à cette époque aussi des organisations armées et paramilitaires (Rot Front, Reichsbanner). L’expérience se termine tragiquement :
  • La voie réformiste fait long feu devant l’hostilité d’un monde bourgeois hanté en Allemagne par le spectre de la révolution ouvrière. Les acquis sociaux sont systématiquement remis en cause notamment par le patronat allemand après la stabilisation du pays en 1924 (les socialistes ne reviendront alors plus au gouvernement) et surtout lors de la Crise des Années 30 qui frappe de plein fouet l’économie allemande. Avec la crise, les sociaux-démocrates n’envisagent pas d’autres solutions pour accéder et se maintenir au pouvoir que l’administration de politique déflationnistes qui contredisent leur programme initial. La direction du SPD n’entend pas s’opposer au nazisme sur un autre terrain que celui de la légalité démocratique.
  • La voie révolutionnaire ne convainc pas la majorité des ouvriers allemands : le KPD recrute essentiellement des jeunes, des chômeurs mais le prototype de « l’homme de confiance », du « délégué d’atelier » reste celui du militant social-démocrate. Le KPD exacerbe cette opposition à l’intérieur du milieu ouvrier par des politiques sectaires qui dénoncent et insultent les socialistes (politique dite « classe contre classe »).
L’action commune socialiste et communiste pour empêcher l’arrivée des nazis au pouvoir, est lourdement hypothéquée par cet antagonisme, les militants parfois se détestent, les états-majors s’invectivent. Cette division pèse lourdement sur le moral des ouvriers et inhibe les tentatives de mobilisation face aux nazis.
Le nazisme va faire taire les idées socialistes et proposer aux ouvriers allemands un autre type d’idéologie, celle de l’intégration à la Gemeinschaft, conçue comme une communauté nationale et raciale.
L’ouvrier allemand devient, dans la rhétorique nazie, un modèle racial, symbole de virilité, de force physique et de volonté face aux figures du juif ou de l’intellectuel représentés comme des parasites non-productifs.

 

-->Ouverture possible à l’histoire des arts : Tableau des piliers de la société de George Grosz (1926) diaporama annexe 5. La consigne peut consister à demander aux élèves de rechercher une interprétation possible du tableau et à se documenter sur la biographie de l’auteur. Le tableau met en scène :
-une atmosphère apocalyptique d’une société décadente qui verse dans le chaos généralisé
- une caricature des élites de la société allemande de la République de Weimar :
Les militaires, les Eglises, les journalistes-intellectuels, l’aristocratie foncière (ou industrielle), le dirigeant politique (assimilé soit à Hindenburg ou à Ebert, social démocrate) qui porte la pancarte « le socialisme c’est/du le travail ».
L’auteur George Grosz est engagé au KPD et combat la république de Weimar, il fréquente les milieux avant - gardistes.

 

C- L’ouvrier comme figure du bâtisseur du nouvel ordre socialiste

 

1-La RDA, un Etat « ouvrier » ?

L’enseignant pourra à ce stade varier son approche. A la place ou en complément des 2 documents du dossier documentaire sur lesquels se fondent la démarche inductive,  deux extraits vidéo joints en annexe peuvent servir d’appui à la démonstration. Il s’agit de deux extraits du documentaire de Patrick Rotman, un mur à Berlin diffusé par France 2 en novembre 2009.
En zone soviétique, l’établissement d’un régime prosoviétique et la proclamation d’un nouvel Etat (RDA) sont le résultat du jeu géopolitique de l’URSS face à la Guerre Froide. La SED (fusion obligée du SPD et du KPD sous contrôle soviétique) prend la tête du régime discours officiel sans qu’il n’y ait eu de révolution ouvrière ou même de mouvements sociaux.
Le nouveau régime cherche à mobiliser les ouvriers pour tenter de se donner une base sociale mais aussi pour faire face aux défis que doit affronter le nouvel Etat :
  • Reconstruire le pays, remettre en marche ses usines et ses mines (alors que l’occupant soviétique compte sur la production allemande pour se reconstruire aussi). Sociologiquement, la classe ouvrière forme un groupe social important dans cette partie de l’Allemagne (Berlin, la Saxe)  et le gouvernement, en faisant le choix d’un développement économique de type « soviétique », maintient des effectifs importants dans les usines jusqu’à la fin de la période.
  • Gouverner et dénazifier le pays. L’épisode de la dictature est présenté comme celle d’une dictature anti-ouvrière, dont la classe ouvrière a été la victime. Les militants socialistes et communistes dont beaucoup sortent de camp ou reviennent d’exil, sont regroupés dans le même parti, la SED et fournissent les cadres de la nouvelle administration. Mais cette génération est peu nombreuse, la plupart des ouvriers sont des jeunes qui ont subi l’endoctrinement nazi voire des anciens cadres nazis qui ont perdu leur poste. Cette classe ouvrière ne connait plus forcément les traditions militantes du mouvement socialiste. Le régime et le parti font semblant d’être l’émanation de la classe ouvrière, en réalité, ils s’en méfient et récriminent contre elle.
 
"L'histoire ouvrière nous a appris que les ouvriers sont toujours trahis, nous dit Rose, un de ces vieux communistes et seul ouvrier de la direction d'entreprise du SED de l'entreprise BGW en 1953. Moi en tant qu'ouvrier je suis mis à l'écart et n'importe quel autre cadre me passe devant". (cité par S. Kott)

 

2- Embrigader les ouvriers pour « bâtir le socialisme » 

Les deux points suivants peuvent servir à qualifier le régime de RDA en partant des souvenirs des élèves sur la notion vue en 1ère de « totalitarisme ».
On rappelle d’abord que le projet gouvernemental de la RDA est d’abord idéologique, il s’agit de « construire le socialisme ». Sa mise en œuvre concrète passe par l’entreprise qui devient le creuset de ce projet pour au moins deux raisons :
 
  • Affirmer la supériorité de l’organisation socialiste
La Guerre Froide conduit à la création d’un nouvel Etat, la RDA dont l’existence séparée de la RFA se légitime par la création d’une société alternative, supérieure à sa voisine. La RDA s’inspire alors pour son modèle d’organisation économique de l’URSS. Elle devient même en raison de son niveau de développement technique, un laboratoire en pointe dans l’édification du socialisme : contrairement au modèle stakhanoviste qui insiste sur une intensification de l’effort au travail pour résoudre la question de la productivité (l’indicateur-clé des comparaisons Communisme/Capitalisme), la politique menée par la RDA met en avant des brigades de travail dont le but est d’accroitre la productivité sur des bases plus techniciennes. En cela, le régime renoue avec le thème traditionnel de « la qualité du travail allemand » et sa propagande y trouve un point d’appui auprès des travailleurs allemands.
  • Créer un « homme socialiste »
Les ouvriers sont réputés être les acteurs privilégiés et les bénéficiaires de cette transformation. Leur zèle au travail est sollicité par le régime pour battre les indicateurs de l’occident capitaliste et un enthousiasme de façade doit prouver au monde que la RDA est la « patrie des travailleurs ». Extrait vidéo N°1
La population ouvrière est encadrée dans de nombreux collectifs comme les « brigades de travail » dont l’objectif est de mobiliser les équipes sur des objectifs de production (battre des records de rendement, trouver des solutions techniques, assurer une bonne liaison entre ingénieurs, techniciens et ouvriers de production) tandis que les syndicats perdent leur fonction revendicative pour devenir « les courroies de transmission » des orientations décidées par le parti dans les entreprises. Les collectifs de travail et le syndicat sont aussi un moyen d’encadrer moralement les individus : ils organisent des cantines, des crèches, des spectacles culturels ou des chorales. Cette emprise a aussi un rôle de contrôle et ces collectifs tentent d’effacer la limite entre la sphère individuelle et la sphère sociale : l’ouvrier socialiste doit vivre pour et sous le contrôle des autres.

 

3- Le socialisme en RDA : une idéologie démobilisatrice ?

S. Kott, à rebours de l’idée d’un Etat totalitaire qui atomise les individus pour les soumettre complétement à un Etat omniprésent, montre que l’entreprise qui est devenue le laboratoire de la nouvelle gouvernance socialiste, n’est pas seulement le lieu où vient se réaliser la norme décidée par le sommet mais qu’elle est aussi celui de la résistance et finalement des arrangements et des compromis.
Les ouvriers d’Allemagne de l’Est répondent minoritairement à cette mobilisation voulue par l’Etat : seuls 20% des membres du SED sont des ouvriers (contre 30% d’ingénieurs et 50% de cadres économiques ou politiques du régime).
Beaucoup de travailleurs vivent cette mobilisation en percevant le grand écart entre les modèles proposés et la réalité d’une société aux moyens matériels limités. Le décalage est d’autant plus grand que les travailleurs de RDA connaissent la situation en RFA et l’amélioration des conditions de vie.
Le mouvement ouvrier s’exprime même violemment contre le projet idéologique socialiste du régime lors des émeutes du 17 juin 1953 quand les travailleurs berlinois refusent l’augmentation des normes de production. Le régime fait appel à l’Armée Rouge soviétique pour réprimer : le mouvement ouvrier prend conscience qu’il ne pourra plus s’exprimer publiquement, le régime prend conscience que seule la force armée soviétique le protège et qu’il ne mobilise pas la société.
L’idéologie socialiste reste l’idéologie officielle du régime mais c’est une rhétorique creuse, l’Etat et la société ont cessé d’y croire, elle ne sert plus qu’à dissimuler des arrangements entre les deux acteurs. L’évolution des brigades socialistes de travail est parlante : alors que le régime les a conçues comme des moyens de mobiliser les travailleurs pour l’édification socialiste, elles servent en réalité aux travailleurs à obtenir quelques améliorations dans un quotidien médiocre (par un système de primes) et l’Etat s’en sert comme stimulant à une activité industrielle peu productive.
Certaines valeurs  de ce socialisme réel ont pu prendre notamment à partir des années 70 comme le travail bien fait, la solidarité au travail ou une certaine forme de « don » dans les échanges entre collectifs, entre villes et campagnes, ou avec la sœur soviétique. S. Kott situe ces valeurs dans le champ d’une sociabilité propre aux ouvriers, parfois conformiste et que l’on pourrait faire remonter aux anciens cadres corporatifs ou chrétiens.
Toujours est-il que l’idéologie socialiste n’a plus le caractère dynamique et utopique qu’elle avait dans les périodes précédentes (Extrait vidéo N°2), elle cache au contraire un malaise politique profond pendant cinquante ans mais ne peut empêcher l’effondrement brutal du régime en 1989 et l’intégration de l’ex-RDA à la RFA.
Quasiment personne ne défend alors la voie spécifique du socialisme réel incarné par la RDA en Allemagne. 
 

-->Ouverture possible à l’histoire des arts :

Composition dans le style du réalisme socialiste (Berlin), 1950 Art Officiel (voir diaporama annexe 5)

L'immeuble a été initialement conçu en 1935-1936 par l'architecte Ernst Sagebiel pour le ministère de l'aviation du Reich. Il a été peu endommagé par les bombardements de Berlin et a été occupé de 1945 à 1949 par l'administration soviétique.
En octobre 1949, à la création de la RDA, il a été occupé par des bâtiments administratifs du régime socialiste.
La première composition murale représentant les armées nazies a été remplacée en 1950 par une frise de propagande à la gloire du régime de la RDA.
Actuellement, le site commémore les évènements du 17 juin 1953 au cours desquels des travailleurs se sont insurgés contre le régime.
Le tableau présente : - l’industrialisation (industrie lourde) et le monde ouvrier semble mis en valeur, sorte d’avant-garde du nouveau régime,
                                - des travailleurs et des ingénieurs unis autour du progrès : le travail est présenté comme moyen d’accomplissement collectif,
          - l’avenir annoncé comme radieux autour de l’enfant et de la famille idéalisée,
          - une société organisée autour de la valeur travail.

 

4- Le socialisme réformiste en RFA : une idéologie elle aussi en voie d’épuisement ?

On observe le même phénomène d’épuisement idéologique à l’Ouest, en RFA.
En RFA, le SPD et le syndicat confirment eux aussi leur choix « légaliste » et réformiste d’avant-guerre par la participation aux institutions de l’Etat et de l’entreprise.
Le régime est stabilisé sur de nouveaux équilibres voulus par les Etats-Unis et qui sont ceux largement partagés par les pays occidentaux :
  • l’anticommunisme (la Guerre Froide voit en RFA l’interdiction du KPD),
  • la régulation fordienne de l’économie capitaliste (qui laisse une place à l’Etat social et à ses pratiques de cogestion)
  • la société de consommation.
Le SPD met en conformité son programme avec cette pratique (légaliste et réformiste) en abandonnant alors sa référence au marxisme et à la révolution (Congrès de Bad Godesberg, 1959).
Avec le gouvernement Schröder (1998-2005), le SPD met en œuvre des politiques d’inspiration libérale qui remettent en cause, en partie au moins, l’Etat Providence.
 
L’idéologie socialiste est donc vidée de sa substance, elle n’est plus une force de mobilisation qu’à de rares exceptions et de manière marginale, sans rapport avec le mouvement de masse du XIXème ou du premier XXème siècle : le marxisme renaît ainsi minoritairement dans la jeunesse universitaire autour de 1968, le nouveau parti Die Linke (La Gauche) connait quelques succès électoraux (et souvent locaux, notamment en ex-RDA ou plus récemment dans la Ruhr) mais sans revendiquer dans son nom de référence au socialisme. 
Dans le même temps, les milieux ouvriers conservent certaines traditions politiques liées au passé (commémoration du 1er Mai) mais ils sont intégrés aux sociétés dans lesquelles ils vivent. Les syndicats continuent à mettre en avant des revendications spécifiques mais les aspirations ouvrières à mieux vivre ne se posent plus en termes révolutionnaires.

 

 

Conclusion : qu’est ce qu’une idéologie ?

  • Le socialisme se présente bien comme une idéologie, c’est-à-dire un ensemble cohérent d’idées qui forment une vision du monde et qui ont pour but de l’infléchir et de le transformer. Marx définissait l’idéologie socialiste comme l’articulation de « l’arme de la critique » (entendu comme l’examen systématique de la société) à « la critique par les armes » (le projet révolutionnaire).
  • L’idéologie devient une force mobilisatrice lorsqu’elle rencontre les aspirations sociales de certains groupes. Le socialisme comme idéologie a rencontré celles des ouvriers, leur permettant de s’agréger en un groupe social conscient de son existence et de sa force et il leur a assigné une identité forte. En cela, la question de l’unité de la classe ouvrière a été fondamentale. 
  • Une idéologie agit donc comme une force mobilisatrice, elle est donc un instrument des luttes pour le pouvoir. Le socialisme a aussi été un moyen pour des acteurs politiques de se hisser dans l’arène des luttes de pouvoir et de l’exercer en lui donnant une base sociale. En ce sens, une idéologie est aussi l’objet de manipulations rhétoriques par des acteurs politiques qui cherchent à la faire correspondre à leurs intérêts propres. La question de la « récupération » des idéologies est ainsi au cœur des processus de légitimation dans les luttes de pouvoir.

 

Mise en perspective

Les instructions officielles invitent à l’issue du travail mené sur cette entrée à envisager une mise en perspective qui sort du cadre strictement allemand pour envisager des comparaisons à l’échelle du continent européen et nord américain. 3 entrées semblent pouvoir être dégagées

 

A- Le socialisme, la formation de classe ouvrière et la question de son intégration à la nation

Le socialisme permet aux nouveaux groupes sociaux ouvriers en formation de s’organiser « par le bas » à une époque où le nouvel ordre bourgeois et libéral refuse de les intégrer.
Ex : Jaurès : la république ou la révolution ?
On rappelle le cours de 1ère (Les Français et la République) : le socialisme français intègre bien sûr les apports intellectuels du marxisme, mais il continue aussi le mouvement entamé par la Révolution Française et qui vise à intégrer toutes les couches sociales, y compris les plus modestes, dans la Nation sur la base d’un projet pénétré de l’idée d’égalité.

 

B- le socialisme dans la Guerre Civile Européenne

Marx envisageait un scénario par étape dans la marche vers le communisme, les sociétés capitalistes industrielles les plus avancées devant être les plus « mûres » pour passer au socialisme (et à la socialisation des moyens de production). On peut nuancer cette présentation mais c’est en tout cas celle qui a cours dans la vulgate classique de la 2ème Internationale jusqu’en 1914. La crise révolutionnaire est bien née dans une Europe minée par ses rivalités et plongée dans la guerre puis dans la crise. Le socialisme devient alors un des termes d’une alternative de plus en plus radicale (fascisme/communisme) mais selon un scénario qui prend à rebours le schéma marxiste.
Ex : la 3ème Internationale et les partis communistes 
Le communisme comme projet révolutionnaire se développe dans les sociétés les plus ébranlées par la guerre à commencer par la Russie mais aussi par l’Allemagne ou l’Italie. De l’aveu de Lénine, la révolution bolchévique triomphe non pas dans le pays le plus mûr du point de vue de son développement économique mais au contraire dans le « maillon faible » du système capitaliste.
La même logique permet de rendre compte de la faiblesse du courant socialiste et communiste aux Etats-Unis c’est-à-dire dans le pays qui portait pourtant le plus loin l’expérience capitaliste. La démocratie politique américaine est plus intégratrice y compris pour les plus pauvres (la figure du pionnier ou du self made man), son capitalisme  propose plus de mobilité sociale. Les Etats-Unis ne connaissent pas le traumatisme de la 1ère Guerre Mondiale. Le courant syndical (porté par des militants socialistes et communistes) ne s’enracine vraiment que lors de la Grande Dépression mais les militants communistes souvent à l’initiative soutiennent alors politiquement Roosevelt et le Parti Démocrate.

 

C- le socialisme dans la Guerre Froide

L’idéologie socialiste concourt à geler l’ordre de la Guerre Froide mais irrigue de moins en moins la vie de la classe ouvrière. Celle-ci est de mieux en mieux intégrée dans des sociétés nationales stables.
Exemple : le Parti communiste italien.
En 1945, le PCI bénéficie du crédit de sa résistance au fascisme et incarne une contre-société qui récuse les élites traditionnelles compromises : le Roi, l’Eglise catholique et le patronat. La Guerre Froide contribue en Italie à maintenir des oppositions qui restent très prégnantes avec parfois des accents de guerre civile (la stratégie de la tension de la fin des années 60) et d’un degré élevé de violence politique. Cependant, l’Italie n’échappa pas à un phénomène général d’intégration des ouvriers aux sociétés nationales et aux standards de la société de consommation. Le PCI dont la base électorale a été très importante et qui, par-là, enregistra cette pression, fut aussi le premier des PC à entamer un processus de « déstalinisation » et de rapprochement avec les autres forces politiques. 
Le communisme comme projet révolutionnaire quitte l’Europe : il mobilise d’autres acteurs sociaux comme les paysans dans les sociétés coloniales et du Tiers-Monde sert de moyen politique à la conquête du pouvoir (Mao, Chine).
En conclusion et pour permettre aux élèves de prendre du recul, et d’organiser plus clairement les acquis du chapitre, une  deuxième frise chronologique sur le mouvement ouvrier est mise en relation avec celle sur le cadre historique général de l’Allemagne de 1875 à nos jours (voir annexe 7+ frise annexe 1).

 

 

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