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Le continent africain face au développement et à la mondialisation.

par Vincent Perlot, professeur au lycée Paul Duez de Cambrai
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Les lignes qui suivent s’appuient sur les réflexions menées au sein du groupe académique d’échanges de pratiques (« groupe lycée ») mais aussi sur les conférences menées dans le cadre des 22èmes journées de St Dié (année 2011) consacrées à l’Afrique plurielle. Il ne s’agit que de pistes pour mener l’étude et non d’un cours à caractère normatif. Puisse tout cela aider les collègues à aborder plus facilement la question du développement du continent africain en classe de terminale.

 

Introduction : 2 temps caractéristiques…

En 1985, un collectif des plus grands  chanteurs américains « USA for africa » « aide unie des artistes pour l'Afrique » se réunit pour produire un album qui sera vendu en qq mois à 7,5 millions d’exemplaires puis finalement à 20 millions : la chanson « We are the world » écrite par M. Jackson et Lionel Richie vise à recueillir des fonds pour aider les victimes de la famine en Ethiopie qui en 1984 -1985 fit 1 million de victime.

En 2010 pour la première fois un pays africain accueille la coupe du monde de football : lors de la cérémonie d’ouverture la chanteuse d’origine colombienne Shakira interprète Waka Waka choisi comme chanson officielle de la coupe du Monde en Afrique du sud et single vendu à 5 millions d’exemplaire ; dans le refrain  inspiré d’un chant traditionnel camerounais, Shakira répète : « it’s time for africa » …c’est l’heure de l’Afrique… »

Cette introduction  musicale caractérise bien deux regards différents portés sur l’Afrique à 25 ans d’écart : est-on sorti du misérabilisme pour considérer désormais une Afrique comme intégrée à la mondialisation et en marche vers le progrès ? Est-ce vraiment le moment de l’Afrique comme dans la chanson ?

 

Quelle est aujourd’hui  la situation de l’Afrique face au développement ?

 

I/ L’Afrique, le continent du mal développement

L’Afrique reste le continent le plus pauvre et de   très nombreuses difficultés  persistent : l’Afrique cumule des indicateurs défavorables.

 

  1. Au niveau économique et environnemental
  • L’Afrique c’est d’abord une place très marginale dans les échanges mondiaux : 3% des échanges mondiaux pour un peu moins de 1% de la production mondiale , un stock d’IDE qui atteint à peine les 2% : l’Afrique reste en marge des grands réseaux de transport même si elle voit passer sur ses rives deux des plus importantes voies maritimes mondiales (canal de Suez, cap de bonne espérance), ses ports restent dans des classements très marginaux : Seuls 3 ports d’Afrique du sud se classent dans les 100 premiers ports mondiaux (Richards Bay 43ème, Saldanha Bay 64ème et Durban 93ème) et dans le domaine du trafic de conteneurs Port Saïd en Egypte n’est que 37ème port mondial, (Durban 43ème, Alexandrie 97ème …) L’Afrique manque ainsi d’infrastructures lui permettant d’accueillir le trafic mondial (même si beaucoup d’espoir sont mis sur Tanger Med…)
  • De plus, ses échanges sont principalement des échanges de produits primaires non transformés 81% de ses exportations sont des ressources naturelles (minerais,  hydrocarbures,  produits agricoles) et seulement 19% de produits manufacturés : dans les 2/3 des pays africains, ¾ de la valeur du PIB vient de l’exportation d’un ou deux produits : il y a donc une très grande dépendance vis-à-vis de l’évolution des cours. Certains pays ayant construit une « Economie de rente » se sont retrouvés dans une très grande fragilité qui n’a pas permis un réel développement.

La dépendance est d’autant plus forte  que les FTN du Nord ou de l’Asie contrôlent une partie importante de l’exploitation des gisements miniers ou énergétiques.

–Une dépendance également financière : de nombreux pays dépendent des APD pour assurer leur survie et que la question de la dette reste ou est restée longtemps un énorme fardeau à gérer pour de nombreux pays…en 2009, elle représente encore 130 milliards de $ à rembourser et pour certains pays,  à la fin des années 90, le service de la dette (les intérêts) équivalait à  35 % du budget du Cameroun et de la Cote d’Ivoire, 40 % de celui du Kenya et de la Zambie, 46 % de celui de la Tanzanie . Avec l’explosion des taux d’intérêts américains à partir de 1979, les pays africains qui avaient emprunté massivement au moment de leurs indépendances pour assurer leur équipement et leurs investissements se sont retrouvés à devoir rembourser jusqu’à 3 fois plus d’intérêts. Selon certaines sources, (CADTM Comité pour l'annulation de la dette du tiers monde, ONG)   les pays en voie de développements ont remboursé jusqu’en 2009 l’équivalent de 102 fois ce qu’ils devaient en 1970, et dans le même temps leur dette a été multipliée par 48.  Malgré des plans d’ajustement structurels très rudes imposés par le FMI pour éviter la faillite de certains états, malgré l’action de la communauté internationale pour réduire cette dette, le problème continue de peser pour certains états d’Afrique subsaharienne surtout.

  • L’Afrique est peu industrialisée et son agriculture conserve une faible productivité (mécanisation, motorisation et maitrise de l’eau sont rares) ; le secteur informel continue d’assurer la vie et la survie du plus grand nombre.
  • Enfin, l’Afrique est confrontée à une réelle altération de son potentiel naturel : épuisement des ressources largement exploitée car souvent unique source de revenus, pollution nombreuses par manque de contraintes réglementaires, d’états capables de les faire respecter, par manque de moyen:

-  pression humaine sur les ressources et par exemple déforestation spectaculaire en Afrique de l’Ouest : les populations ont besoin de bois de feu ce qui a des conséquences dramatiques autour de certaines grandes villes (Kinshasa)

-  diminution des pluies au Sahel dans les années 1970 et 1980 et épisodes réguliers de sécheresse qui ont favorisé une inégale désertification ;

- multiplication des bidonvilles qui a de graves conséquences sur les pollutions et déficience dans la gestion des déchets avec des effets sur la santé publique (exemple des latrines sur Pilotis de Cotonou au Benin dans les zones humides de la lagune diapos)

L’Afrique est aussi devenue un continent réceptacle des déchets du monde : déchets électroniques qui arrivent par conteneur entier d’Amérique du Nord ou d’Europe pour être déversé dans des décharges où ils sont traités sans protection avec des effets graves pour la santé publique des populations ; trafic international de déchets mis à jour en 1994 entre l’Italie et la Somalie ; surtout l’Affaire du cargo  Probo Koala en 2006  qui vient déverser autour d’Abidjan en Côte d’Ivoire des déchets toxiques issus du raffinage du pétrole, déchets en provenance des pays Bas : « en moins de 24h, 523 m3 de déchets toxiques sont déversés », selon Greenpeace. « Au total, 17 personnes mourront des conséquences directes de ces déversements et plus de 100000 autres seront intoxiquées ».

 

  1. En termes de développement humain
A ces problèmes économiques et environnementaux, il faut ajouter une situation très mauvaise en termes de développement humain ; revenus, éducation, santé, tous les indicateurs restent au rouge et les inégalités importantes :
   - C’est le continent qui a le plus bas revenu par habitant et si la pauvreté diminue en valeur relative (50% de la population considérée comme pauvre aujourd’hui alors que c’était 58% en 1996), elle augmente en valeur absolue : on considère qu’on est à pratiquement 400 millions de pauvres (c’est-à-dire qui vivent avec moins de 1 $ par jour selon l’ONU). La plupart sont en Afrique sub-saharienne et il y a de très nettes différences entre l’Afrique du nord et l’Afrique centrale par exemple (voir diapos)
   - 33 des 48 PMA du Monde se trouvent en Afrique (PMA : critères de revenus, de faible IDH,  et de vulnérabilité économique)
   - Malnutrition et famines récurrentes : selon la FAO, 30% de la population africaine est touchée par la sous-alimentation et la malnutrition : avec la plus faible production alimentaire par tête, les agricultures africaines restent vulnérables aux aléas climatiques (sécheresse, saison des pluies tardives…) qui, ajoutés à l’explosion du prix mondial des céréales,  ont provoqué à la fin des années 2000 de nombreuses émeutes de la faim.
   - Insalubrité (maladies parasitaires) et infrastructures de santé limités (manque de médecins, d’accès aux médicaments),  aboutissent à la plus faible espérance de vie de tous les continents : 57 ans en moyenne en 2010 et à la plus forte mortalité infantile 74%°.
   - L’Afrique est aussi le continent le plus touché par le sida avec 3,9% de la population du continent contre 0,8% pour l’ensemble du monde. Et 23 des 34 millions de séropositifs du monde  vivent en Afrique
   - L’accès à l’école n’est pas toujours pas assuré pour tous  avec un taux de scolarité de 74% dans le primaire et de 36% dans le secondaire en moyenne (aux global d’alphabétisation n’est que de 67 %) ; le chômage enfin  reste très élevé chez les jeunes diplômés notamment (parmi les 15-24 ans, qui représentent 60 % des chômeurs, plus de la moitié ont renoncé à trouver du travail).

 

  1. De multiples difficultés politiques
  • De 1991 à 2001, le continent a été marqué par une décennie du  chaos ;

La fin des années 1980 a été marquée à la fois par une chute des cours des matières premières faisant s’effondrer les revenus des Etats africains et  par un renchérissement du coût du crédit (crise de la dette) lié à un changement de politique monétaire aux Etats Unis ; de plus avec la fin de la guerre froide, les aides publiques se sont réorientées vers l’Europe de l’est, l’Afrique reçoit moins d’APD et les IDE se destinent exclusivement en Asie du Sud Est : les états font faillite, les fonctionnaires ne sont plus payés, les systèmes éducatifs menacés et les organisations financières internationales (FMI) imposent des plans d’ajustement structurels très difficiles à supporter pour les populations : en 10 ans, ce sont  150 millions de pauvres supplémentaires en plus et  en 1990, un pauvre sur 3 dans le monde est africain.

Les Etats africains fort peu nombreux à être démocratiques sont remis en cause par la société civile ; pour beaucoup la guerre parce qu’elle permet de se procurer rapidement des richesses devient une solution. Les conflits se multiplient (35 pays sur 53 en guerre en 1995) ; Des conflits nombreux à caractère parfois ethniques (génocide du Rwanda 1994),  des conflits pour les ressources et les frontières qui provoquent un très grand nombre de réfugiés, 25 millions de personnes déplacés dans ces années 90.

            - Si cette période prend fin après les attentats du 11 septembre 2001 (les EU prennent conscience du danger qu’il y a à laisser l’Afrique en plein chaos avec l’installation d’Al Qaida sur le continent et les attentats contre les ambassades américaines de Dar el Salam en Tanzanie et de Nairobi au Kenya en 1998), il reste qu’en Afrique l’Etat reste globalement fragile et défaillant :  manque de démocratie (partis longtemps uniques issus de la colonisation), états fragiles peu actifs et peu efficaces, administration aux effectifs pléthoriques, corruption, économie criminelle en progrès (l’Afrique de l’ouest devenu plaque tournante du trafic de drogue vers l’Europe), confiscation des richesses par des élites (biens mal acquis gabonais ou congolais…).

            - L’Afrique aujourd’hui continue de recueillir le plus grand nombre de personnes déplacés ou de réfugiés : 11 millions de réfugiés (sur 37 millions dans le Monde) selon l’UNHCR ; l’état d’insécurité reste problématique et les conflits d armés existent toujours : 2ème position pour les conflits armés (20% de la population toujours touchée par la guerre) qui certes se limitent à 4 zones : La Corne de L’Afrique (Somalie en guerre depuis 1991), zone saharienne autour du Mali et du Niger avec l’installation d’AQMI (trafics, enlèvements d’occidentaux),  l’est du Congo (RDC) connait régulièrement des affrontements internes, le Soudan avec l’instabilité du Darfour et qui a des effets sur le Tchad voisin. Le continent détient le record d’interventions de maintien de la paix de l’ONU ; piraterie, narcotrafics et production de drogues sont en plein essor.

 

  1. L’Afrique responsable et/ou l’Afrique victime ?

Face à ce continent qui est apparu très longtemps comme marqué par tous les maux, misère, pauvreté, conflits, le débat autour des origines du mal-développement est récurrent :

Comment expliquer ce retard africain par rapport à l’Europe et l’Am du Nord + Amérique Latine et Asie émergente ?

Les anthropologues ont montré l’importance des solidarités au sein des familles, des tribus et des réseaux religieux plutôt que des stratégies individuelles et capitalistes (ce qui n’aurait pas favorisé une prise d’initiative et l’esprit d’entreprise). Il y aurait ainsi une explication culturelle qui aurait empêché l’Afrique de progresser. C’est l’exemple du discours de Dakar du président Sarkozy qui en juillet 2007 regrettait que l’homme africain ne soit pas entré dans l’histoire. Les polémiques et critiques furent vives vis-à-vis de ce discours qui faisait porter aux africains une responsabilité culturelle dans leurs difficultés.

 

Au contraire, d’autres explications cherchent à montrer le rôle des dominations occidentales dans le sous-développement en Afrique : la traite des esclaves, l’exploitation coloniale et le néocolonialisme : durant la décennie du chaos, un certain nombre de gouvernements africains accusent l’extérieur de tous les maux : l’Occident a pillé l’Afrique, il doit se livrer à une repentance (sur la traite des esclaves, sur les violences coloniales, sur l’injuste ordre économique et l’impérialisme des grandes puissances). Cela  évite ainsi d’évoquer les responsabilités internes : Abdoullaye Wade fait inaugurer une statue géante à Dakar à la renaissance africaine (construite d’ailleurs par des ingénieurs de Corée du Nord) pour évoquer ce retour de l’Afrique au premier plan, une fois libérée de l’emprise de l’obscurantisme et/ou de  l’occident.. ?

[Diapo : en regard une photo de N. Sarkozy avec le discours de Dakar + courte citation // la statue géante installée par.]

Cette question des responsabilités est en tout cas le signe d’une Afrique qui veut évoluer et qui prend conscience de ses handicaps dans le cadre du développement…?

 

Transition : Le croquis   nous permet de faire apparaitre un continent marqué en réalité par de très fortes inégalités (Construction du croquis : 1ère partie). Si l’IDH est encore faible dans de nombreux pays, si les PMA sont nombreux, il y a aussi des « Lions africains » et des pays qui ont un IDH proche ou supérieur à la moyenne mondiale (0,682).

Ainsi ce constat pose clairement la question du décollage de l’Afrique aujourd’hui…

 

 

II/ L’Afrique, sur la voie du décollage ?
 
L’Afrique semble en effet sortie définitivement de la décennie du chaos : 3 raisons l’expliquent (deux externes et une interne) : (cf. Sylvie Brunel article Afrique dans le dictionnaire de géopolitique et de géoéconomie paru en 2011)
- La rente pétrolière surtout, l’Afrique c’est 12% des réserves mondiales de pétrole et seuls 8 pays n’en seraient pas du tout pourvus sur 53. Volonté des puissances émergentes et des états développés de sécuriser leurs approvisionnements, la possibilité de négocier des conditions d’exploitation favorables, tout cela joue pour l’Afrique ainsi que des cours élevés.
- L’Afrique est redevenue une priorité stratégique pour les Etats Unis et les grandes puissances: le démantèlement des Etats africains suite à la crise de la dette et aux PAS drastiques les a placé dans des situations favorables au développement du terrorisme et des trafics. Pour les grandes puissances il fallait redresser les états africains sur des bases plus solides.
- Un sursaut interne : l’effort d’assainissements des dépenses publiques, les accords de paix ou de réconciliation nationale ont permis l’émergence de nouveaux dirigeants africains ; des accords de partenariat équilibrés ont permis d’attirer les investisseurs privés (NEPAD) mais aussi publics Chine, Brésil, UE ou EU. Accords de paix et restauration des Etats sont allés de pair.
 
  1. Un décollage bien réel 
               - La croissance économique : la croissance économique a été  de 5,5% en moyenne  depuis 2000, elle atteindra 6,2% en 2013, soit  un rythme deux fois plus élevé que l’augmentation de sa population. Les gains de productivité augmentent de 3% par an.
 
              - Six des 10 pays qui connaissent la plus forte croissance économique dans de monde sont en Afrique : Nigéria 7,4%, Côte d’ivoire 8,5%.  8 « lions africains » affichent un revenu par habitant de 10 000$(7832€) soit plus que celui des BRIC (Brésil, Russie, Chine, Inde). C’est la question de l’émergence et le 24 décembre 2010, l’Afrique du Sud a été invitée à devenir officiellement membre des BRIC-S, elle représente 25% du PIB de tout le continent africain.
L’Afrique du Sud et le Nigéria constituent les deux grands pôles économiques et financiers du continent et leurs places financières par exemple se structurent.
 
             - Un assainissement des finances publiques : La balance commerciale est aujourd’hui excédentaire de 4% du PIB, le déficit et la dette publics sont limités à 2% et 33% du PIB.
 
              - Une croissance certes indissociable de la mondialisation mais qui est d’abord liée à des raisons internes : la consommation intérieure du continent progresse avec un recul de la pauvreté de 42% à 31% de la population en 20 ans et la classe moyenne réunit 300 millions d’habitants. Le PIB par habitant a augmenté en 10 ans de 3,5% par an.
 
           - L’urbanisation de 40% de la population (contre 28% en 1980) est allée de pair avec le développement des nouvelles technologies notamment la téléphonie mobile dont l’Afrique est le deuxième marché mondial. Entrée très rapide dans le domaine des NTIC puisqu’en 2010, la couverture  atteint 90% dans la plupart des villes, 40% dans les campagnes.
En 2013, c’est le haut débit qui devrait être largement diffusé (7 % des Africains ont aujourd’hui accès à l’Internet à haut débit, mais ils devraient être 99 % en 2060). Il s’agit de se connecter aux autoroutes numériques sous-marines qui passent  à proximité de l’Afrique (câblage de fibre optique à haut débit déployé à partir de 2012). Partout des universités se développent et une jeunesse instruite voit dans ses rangs naitre une  classe d’entrepreneurs dynamiques adoptant des solutions propres à l’Afrique : une cinquantaine de pôles technologiques est née dans des pays littoraux (à proximité des câbles sous-marins) par  exemple à Lagos au Nigéria devenue une pépinière de génies informatique : La Genesis Tablet y fut lancée par un ingénieur burkinabé Philippe Courouba, tablette numérique africaine avec application destinés aux besoins africains et composants adaptés au climat, à la chaleur et à l’humidité tropicale… et au prix défiant toute concurrence.  Verone Mankou congolais y a créé  le premier Smartphone africain Elykia.
 
 
  1. Une intégration à la mondialisation
 
L’Afrique n’est plus à l’écart du Monde, elle est devenue attractive et est l’objet de convoitises
  • Attractive par son marché potentiel de consommateurs sous équipés, dont le pouvoir d’achat augmente : la jeunesse de sa population (en 2025, 1/3 de la population de moins de 25 ans) en fait un marché d’avenir.
  • Convoitée par les grandes puissances et les  puissances émergentes dans le domaine des ressources : ressources énergétiques (hydrocarbures) ou minières mais aussi terres rares (métaux stratégiques indispensables aux industries de haute technologie)  d’Afrique australe. Ses ressources constituent un atout essentiel et  l’Afrique acquiert une position stratégique dans le domaine des matières premières. Ce sont enfin  ses terres cultivables qui sont recherchées par des pays déficitaires en production alimentaire [la location de terres ou leur achat, « land grabbing », vient parfois déstabiliser des agricultures locales),
  • Un continent qui attire les IDE : Dans les années 2000, les investissements internationaux ont doublé et progressent de 30% par an.
 
A travers le NEPAD (nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique), Sénégal, Egypte, Afrique du Sud, Nigéria et Algérie ont mis en place des conditions favorables aux investisseurs privés. L’Afrique est ainsi devenue une « nouvelle frontière » pour les investisseurs du Monde entier. Certes, venus des Etats Unis et des anciennes puissances coloniales mais surtout de plus en plus des pays émergents : la Chine est en train de devenir le premier investisseur et le premier créancier de l’Afrique avec une présence de plus en plus forte dans tous les secteurs : BTP, mines, pétrole mais aussi commerce de proximité et dans près de 40 pays ; La « Chinafrique » a remplacé désormais la « Françafrique » encore trop marquée par l’héritage coloniale et surtout donneuse de leçon de gouvernance et de démocratie. Le pragmatisme chinois séduit les africains ce qui les rend omniprésent. On retrouve cette « Chinafrique » au niveau commercial puisque la Chine est devenue le premier partenaire commercial.
Ä En 2007-2008, la Chine contractait avec le Congo le contrat du siècle : 8,5 milliards de dollars de prêts et 6,5 milliards d’investissements chinois dans les transports, la voirie, les hôpitaux (3500 km de routes, autant de kilomètres de chemins de fer, des infrastructures de voiries surtout à Kinshasa, 31 hôpitaux de 150 lits et 145 centres de santé) en échange de la possession de 68% des compagnies d’exploitation minières du pays en cuivre et cobalt.
 
Ä L’Inde (qui constitue une « Indafrique » à partir de l’Afrique australe et orientale), le Brésil mais aussi la Turquie plus récemment  développent leur présence. L’Asie voit ainsi sa part progresser dans les échanges extérieurs.
 
            - L’insertion de l’Afrique enfin dans les flux mondialisés passe  par le développement des infrastructures à travers des grands chantiers : construction d’un TGV Tanger / Marrakech, nouveaux ports (Djibouti, Tanger Med…),  autoroutes le long du golfe de Guinée, corridors Est-Ouest de transports en Afrique Australe ou au Kenya),  câblage à haut débit (voir carte diaporama).
Tout cela montre que l’Afrique n’est pas à l’écart des flux mondialisés :
- elle reste certes le lieu de mondialisation sauvages non régulés (trafics de drogues, contrebande d’armes, trafics de déchets),
- elle est de plus en plus un lieu de transferts financiers, l’Afrique au début des années 2000 attire autant d’investisseurs privés que la Chine ; IDE mais aussi transferts des diasporas africaines qui participent à des investissements à l’échelle locale.
- elle développe ses échanges commerciaux (d’abord de produits primaires voir I) ;
- elle connait enfin des modifications dans ses échanges migratoires : 20 millions de migrants (sur 1 milliard d’hab.) mais 82% des migrations à l’interne, le reste vers les pays du Nord mais aussi vers le golfe persique, l’océan indien ;
Elle n’est plus essentiellement un lieu de départ mais aussi un lieu d’attractivité : Retour de migrants portugais à Luanda en Angola…, retour au Ghana d’une diaspora qui fuit la crise en Europe.
 
L’Afrique semble avoir tourné le dos à un cycle misère, pauvreté, violence mais ce décollage reste fragile… pour rendre le développement durable, il va falloir relever plusieurs défis.
 
 
III/ Des défis nombreux à surmonter dans une perspective de développement durable
 
A) le défi démographique
  • Faire face à la croissance démographique la plus forte de la planète : la population africaine a été multipliée par 4,5 de 1950 à 2010, pour atteindre 1 milliard d’habitants, elle doublera d’ici 2050 et ne stabilisera qu’en 2100.
  • Maitriser la croissance urbaine difficile : la population urbaine a été multipliée par 13 depuis 1950 et c’est en ville que le solde naturel est devenu le plus élevé. A côté de  très grandes villes, des mégapoles africaines qui cumulent de nombreuses difficultés sociales (bidonvilles…), la majorité des citadins aujourd’hui vit dans des villes petites et moyennes ; il y a une urbanisation vers le bas qui nécessite d’énormes besoin d’infrastructures.
 
B) Gérer les questions d’environnement tout en renforçant les capacités des agricultures à nourrir les populations
       L’essor d’agriculture vivrière intensive (le vivrier marchand) en liaison avec la croissance urbaine a permis dans certaines régions de nets progrès dans le domaine de l’Alimentation : En Guinée le goudronnage d’une route reliant Conakry au Sud Est a permis le développement de la riziculture et le développement des ventes de riz ; de même l’essor du manioc est permis parce que des femmes très innovantes et réactives ont développé sa transformation de manière artisanale en semoule très demandées en ville. Cela passe aussi par la mise au point locale de nouvelles semences plus adaptées (le NERICA, new rice for africa-)
Depuis les années 1980, l’Afrique dans un contexte défavorable (décennie du chaos) a fait face tant bien que mal à la croissance démographique. Mais face à l’augmentation prévu de la population, l’intensification de la production agricole reste un enjeu : les importations de céréales ne cessent d’augmenter, l’usage des OGM se répand, la pression sur les terres s’accroit, la déforestation reste un problème (plus rapide qu’en Amazonie). Dans un contexte où le GIEC prévoit que les zones littorales ou semi arides africaines seront très touchées par les effets du réchauffement climatiques, il y a dans l’agriculture un enjeu majeur pour le développement de l’Afrique.
 
C) Le défi politique : démocratie et intégration continentale
  • Faire progresser la paix et l’émergence d’états ayant les moyens de l’assurer : dans les 4 zones de conflits, terrorisme, piraterie restent des plaies qui empêchent tout développement sur des bases saines. Le renouveau du continent passe par la mise en  place de formes de maintien de la paix africaine (cf. la crise malienne) et par une certaine renaissance du panafricanisme : en 2002 est née une nouvelle Union africaine à la place de l’OUA (formée en 1963), calquée sur le modèle de l’Union européenne mais qui reste aujourd’hui surtout un forum politique.
  • Renforcer l’émergence d’acteurs locaux et de gouvernements légitimes garant d’un partage équitable des richesses : la démocratie reste un défi dans de nombreux états : il s’agit de permettre aux africains de faire leurs choix. Le printemps arabe de 2011 ne produit tous les effets escomptés, les affrontements entre groupes sociaux restent nombreux et inquiètent : chrétiens et musulmans au Nigéria, tensions électorales au Kenya, au Zimbabwe…
  • Cela passe par des changements dans la structure même des Etats : en effet, au moment de l’indépendance, les élites locales qui se sont emparés de la structure de l’état « colonial » et ont fait fonctionné ces nouveaux états comme des machines d’extraction – redistribution de la rente au profit de clientèle particulière : la paix sociale était assuré par la création sans limite de postes de fonctionnaires ou d’entreprises publiques. Le clientélisme était un mode de gouvernement. Il n’a pas partout disparu et les exclus de la croissance restent nombreux dans les sociétés africaines : habitants des bidonvilles, ruraux sans débouchés économiques, minorités ethniques et politiques.
Ce clientélisme empêche très souvent aux états de jouer un rôle d’état développementaliste : un état qui selon la définition de l’ONU pourrait favoriser un développement durable et équitable en développant des politiques publiques ambitieuses.
 
– Surmonter les divisions et les inégalités pour aller vers davantage d’intégration continentale : L’Afrique reste très divisée et les inégalités très fortes, 6 à 8 lions africains (selon les sources) mais aussi 33 PMA et ainsi des situations qui restent très compliquées pour de nombreux états
De plus, le décollage évoqué semble fragile, limité spatialement et non dénué d’effets pervers : - il y a bien maintien de relation de dépendance vis-à-vis de pays émergents plus industrialisés qui disposant de capitaux, cherchent des marchés et des matières premières. L’expression « chinafrique » est la marque d’une nouvelle forme d’impérialisme car les accords restent déséquilibrés : la Chine impose ses sociétés de BTP, amène sa main d’œuvre sur les chantiers et parfois une diaspora chinoise de petits commerçants suit. Les partenariats sont marqués par la recherche d’une situation de monopole.
Les gains pour l’Afrique prennent d’abord la forme de « rentes » dont on sait qu’elles favorisent la corruption et le clientélisme, et les rivalités des élites politiques. Dans le cas des minerais, la rente territorialise les rivalités qui peuvent déboucher sur des guerres(RDC). Le développement est lui-même très territorialisé selon des corridors, les territoires enclavés ou ne disposant pas des ressources recherchées sont laissés à l’écart.
 
La condition d’un développement durable et réellement africain passe par plus  d’intégration et des partenariats à l’échelle du continent pour mieux rayonner au niveau mondial :
- parmi toute une série d’organisations régionales, la CEDEAO née en 1975 (communauté économique des états de l’Afrique de l’ouest), qui regroupe 15 états francophones, lusophones et anglophones tente de jouer un rôle de maintien de la paix (Cote d’ivoire, Mali) mais aussi favorise le développement d’infrastructures en commun ; L’ intégration régionale y progresse : au sein de l’UEMOA (union économique et monétaire ouest africaine)  8 pays qui partage une même monnaie le franc CFA, 10 000 produits circulent sans taxes douanières
            - La SADC constituée en 1992 reste d’abord la zone d’influence de l’Afrique du Sud (communauté de développement de l’Afrique australe)
                 - Le NEPAD n’a pas pour l’instant répondu à tous ses objectifs.
Cette intégration régionale est la clef pour peser au niveau mondial : Le continent tente d’obtenir un siège de membre permanent au conseil de sécurité de l’ONU, 27 % des pays membres  de l’ONU viennent d’Afrique.
 
En conclusion, si des exemples de réussite locale existent bien comme le Botswana sorti des PMA en 1994, comme l’Afrique du Sud, les inégalités en Afrique restent fortes et les progrès dans les conditions de vie n sont pas toujours partagés ;  la question d’un développement sur des bases durables et celle de l’intégration de l’Afrique à la mondialisation sur des bases tournant le dos à une économie de la prédation restent des défis qui ne pourront être relevés que par les acteurs africains eux-mêmes. L’enjeu démocratique apparait bien ici comme une condition incontournable.
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