l'Affaire Dreyfus

Réflexions proposées par Catherine Astol, Agnès Baron, Noëlle Celerier, Vincent Lelièvre, Patricia Sebille et Julien Rocher
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 Médias et opinion publique dans les grandes crises politiques en France depuis l’Affaire Dreyfus

 

 

La question « Médias et opinion publique » s’insère dans le thème 2 du programme d’histoire : «Idéologies, opinions et croyances en Europe et aux États-Unis de la fin du XIXe siècle à nos jours »

 

Durée:    5  heures

Intérêt:
Etude de l'évolution historique du rôle des médias et de celle de l'opinion publique au travers des grandes crises politiques. Elle s'appuie sur l'analyse de l'information, sur sa diffusion, sur la liberté d'expression, sur la constitution de l'opinion publique.
Etude de l’interaction de l’opinion publique et des médias en prenant les crises politiques en France comme terrain d’observation.
 
Problématique:
Montrer, à travers l’étude de quelques crises politiques, comment les médias contribuent à l’expression de l’opinion publique et à sa prise en compte dans la vie politique d’une démocratie.
 
Objectifs méthodologiques:
- définir et nommer les continuités et ruptures chronologiques
- prélever, hiérarchiser et confronter des informations selon des approches spécifiques en fonction du document ou du corpus documentaire.

 

 

Proposition de découpage:

            -1890-1940 :
la démocratisation va- t -elle de pair avec la constitution d’une opinion publique en France?
La presse joue un rôle central, épaulé / concurrencé par la radio à partir des années 1920.
            -1945-1980 :
les médias, restructurés à la Libération, foisonnent lorsque renaît la démocratie ; la télévision devient le premier média de masse.
            -1981 à nos jours :
radio et télévisions « libérées » en 1981 ; apparition d’Internet et du tél. portable dans les années 1990, deux médias qui changent les pratiques des usagers comme des personnels politiques. Poids croissant des sondages : tout concourt à repenser la notion même d’opinion publique.

 

2 crises politiques à étudier: (voir fiche Eduscol)

Nous proposons ci-dessous une étude concernant l'Affaire Dreyfus
L’opinion et la presse divisées au temps de l’Affaire Dreyfus
(un travail préparatoire en amont, 1 heure de cours)

 

Repères:
La IIIe République et la liberté de la presse.
Rôle de la presse comme média de masse, espace privilégié de confrontation des deux camps; médias qui façonnent l'opinion.

 

en amont un travail maison :
            rechercher la chronologie de l'affaire (vue en 1ère) en faisant apparaître les grandes phases,
            faire ressortir le contexte politique de la France de l'époque.
 
la séance en classe:
           
            La reprise du travail maison permet la mise en évidence des principaux repères chronologiques et du rôle charnière de l'année 1898 (annexe 1: doc 1 chrono / doc 2 évolution de la presse quotidienne 1898 – 1899)
 
            Suit une introduction qui met en évidence en quoi l'Affaire Dreyfus est un évènement propre à intéresser l'opinion de cette époque (annexe 2: document d'accroche: doc 1 / le Cri de Paris 23 janvier 1898) et qui pose la question du lien entre média(S) et démocratie.

 

            Le cours doit permettre de faire apparaître:
- comment les médias (ici la presse) ont concouru à en faire une crise politique majeure et
- comment ils ont participé à l'évolution du débat d'idées qui accompagne l'affaire.
 
            On travaille sur la série de documents proposée en annexe 2 permettant de mettre en valeur:
  • ce qu'est un média de masse (unes de journaux, dessins de presse)
  • le rôle des médias dans la confrontation des idées (forces politiques, l'expression des intellectuels)
  • l 'impact des médias dans l'affaire  : impact sur l'opinion (bipolarisation de l’opinion publique?), prise à partie du pouvoir politique, moments clé (« J'accuse »), renforcement des positionnements politiques de chaque camp
 
 
Annexe I:
2 documents repères:
  • repères chronologiques sur l'Affaire Dreyfus
  • évolution de la presse quotidienne par rapport à l'Affaire Dreyfus (1898 - 1899)
           
Annexe II:
  • doc 1: document d'accroche / Une du Cri de Paris  23 janvier 1898
  • doc 2: la presse lance l’Affaire / Une de La Libre Parole, 10 novembre 1894
  • doc 3: La presse médiatise la dégradation / Une du Monde illustré, 12 janvier 1895
  • doc 4: l'Affaire Dreyfus, une crise politique / Une de l'Aurore et extraits de « J'accuse », lettre ouverte d'Emile Zola parue le 13 janvier 1898
  • doc 5: une réponse de la presse antidreyfusarde / Une du Petit Journal du 30 janvier 1898.
  • doc 6: la mobilisation du camp dreyfusard / affiche publiée dans la presse dreyfusarde en 1898

 

Annexe II – doc 1:
            «L’âge du papier », dessin de Félix Vallotton paru dans Le Cri de Paris, 23 janvier 1898.
Le titre du journal, Le Cri de Paris, renvoie à la vente à la criée, les journaux étant encore vendus
dans la rue par des vendeurs ambulants. Fondé en 1897, le journal est un complément hebdomadaire de la Revue Blanche, revue culturelle et artistique d’avant-garde, nettement dreyfusarde. Le Cri de Paris vise un lectorat de classe moyenne moins cultivé que la Revue et bien que son bandeau rouge ne laisse aucune ambiguïté sur sa couleur politique, il évite tout sujet y ayant trait.
Félix Vallotton (1865-1925) est un artiste d’avant-garde (membre du groupe des Nabis), qui contribue régulièrement à la Revue et au journal. Étranger en France (il est suisse, naturalisé français en 1900), il se tient généralement à l’écart de la politique (mais il est proche des intellectuels anarchistes).
Ce document permet de mettre en valeur le règne de la presse écrite à la fin du XIXe siècle. Le nombre de titres, le tirage, l’importance de son lectorat sont sans commune mesure avec l’époque actuelle. Pendant l’affaire Dreyfus, la presse est la seule source d’information des Français. Ce dessin est publié quelques jours après le « J’accuse » de Zola, qui est représenté au premier plan.
 
Annexe II – doc 2:
            Une de la Libre Parole du 10 novembre 1894
La Libre Parole est un quotidien politique antisémite fondé en 1892 par Édouard Drumont, journaliste et député de 1892 à 1902. Cette une de journal montre que cette presse profite de l’affaire pour étayer une thèse rabâchée depuis longtemps, comme l’explique la légende. Les accusations ici se fondent sur un antijudaïsme chrétien très ancien.
Le fait que le procès n’ait pas encore eu lieu ne dissuade pas la presse de désigner Dreyfus comme coupable. Les campagnes de presse antisémites influencent d’ailleurs fortement le Conseil de guerre qui ne veut pas qu’on lui reproche une éventuelle douceur envers les juifs.
 
Annexe II – doc 3:
            Une du Monde illustré, 12 janvier 1895
Un point de vue original pour cet hebdomadaire pour rendre compte de la dégradation du capitaine Dreyfus: elle est figurée en arrière-plan, le dessinateur privilégiant l'impact de l'événement à l'événement lui-même, en représentant la foule venue assister au « spectacle ».
Dans ces souvenirs publiés post-mortem, en 1936, Dreyfus évoque « les hurlements de la foule, l'atroce cérémonie ».
 
Annexe II – doc 4:
            Une de l'Aurore et extraits de « J'accuse », lettre ouverte d'Emile Zola parue le 13 janvier 1898
Émile Zola (1840-1902), écrivain, fait ses premières apparitions dans la presse dans les années soixante. S'il ne se manifeste pas lors de l'arrestation d'Alfred Dreyfus en 1894, il n'hésite pas à s'engager dans le clan des dreyfusards quand il est convaincu de l'innocence du capitaine.
Sa lettre ouverte est consécutive à l'acquittement à l'unanimité du commandant Esterhazy, le 11 janvier 1898. Elle est adressée au président de la République Félix Faure et publiée dans le quotidien L'Aurore sous le titre « J'accuse… !»(titre choisi par Georges Clemenceau alors éditorialiste du journal);
Cette prise de position s'inscrit dans les nombreuses démarches déjà entreprises par Zola en 1897, année où il publie en faveur de Dreyfus une Lettre à la jeunesse et une Lettre à la France. Dès lors, Zola apparaît comme le principal dreyfusard.
La vigueur de ses propos cause de profonds remous dans l'opinion et amène le ministère de la Guerre à poursuivre Zola pour diffamation. Mais le but est atteint : on reparle du capitaine, reclus sur l'île du Diable.
Lors du procès qui s'ouvre le 7 février 1898, l'ensemble des accusations de Zola se heurte à une réponse identique de la part du président de la cour d' assises de la Seine : « La question ne sera pas posée ». L'écrivain dreyfusard est condamné le 23 février ; le 2 avril, le jugement est cassé pour vice de forme et, à l'issue d'un second (23 mai) puis d'un troisième procès devant la cour d'assises de Versailles, Zola est condamné le 18 juillet 1898 et part le soir même pour l'Angleterre pour éviter que l'arrêt ne devienne exécutoire.
 
Annexe II – doc 5:
            Une du supplément illustré du Petit Journal du 30 janvier 1898:
Il paraît quelques jours après la publication du « J’accuse » de Zola (13 janvier), qui a mis en cause l’armée après l’acquittement d’Esterhazy par le Conseil de guerre (11 janvier).
Le Petit Journal est un quotidien d’information à très grand tirage qui se veut objectif et neutre. Il n’en est pas moins très antidreyfusard, même après le deuxième procès de Dreyfus en 1899. Cette presse est soumise aux lois du marché et les enjeux économiques sont pour elle énormes. Il s’agit de ne pas choquer le lectorat voire de le conforter dans ses préjugés.
Cependant, l’attaque contre Dreyfus reste ici subtile. Elle passe par une simple glorification de l’armée, quelques jours après qu’elle a été mise en cause.
 
Annexe II – doc 6:
            Affiche dreyfusarde publiée dans Le Siècle en 1898
Cette affiche est une réponse à la publication d'une autre affiche, de même format et par le même éditeur, intitulée « Dreyfus est un traître », commandée par les antidreyfusards la même année (1898).
Sur chaque affiche, sont représentés les principaux acteurs des deux camps sous la forme de photographies d'identité accompagnées d'une petite biographie.
La présence des quatre slogans (« Vive la France », « Vive la République » « Vive l'Armée » « À bas les traîtres ») qui se font écho montre la volonté de chacun des deux camps d'incarner la France et de représenter le parti de la vérité.

L'affiche dreyfusarde est publiée en 1898 dans le supplément gratuit du journal Le Siècle (gauche républicaine) favorable à la révision du procès de Dreyfus. Elle illustre le rôle de la presse dans l'opinion publique et met en évidence l'engagement de personnalités politiques ou intellectuelles:
Georges Clemenceau (député radical et éditorialiste de l'Aurore), Yves Guyot (plusieurs fois député et ministre, directeur du journal Le siècle), Jean Jaurès (député socialiste), Fernand Labori (avocat de Zola), Bernard Lazare (journaliste, auteur des premières brochures soutenant l'innocence du capitaine Dreyfus), le lieutenant-colonel Picquart (officier qui a découvert la culpabilité d'Esterhazy), Francis de Pressensé (journaliste, un des fondateurs de la Ligue des Droits de l'Homme), Joseph Reinach (député), Auguste Scheurer-Kestner (sénateur, vice-président du Sénat), Ludovic Trarieux (plusieurs fois député, sénateur, ministre; président fondateur de la LDH).

À cette date, l'innocence de Dreyfus paraît évidente aux yeux de nombreux contemporains grâce aux efforts de Picquart, Zola et Mathieu Dreyfus, d'autant plus qu'Esterhazy fait l'objet d'enquêtes. Ils se heurtent au nationalisme et à l'antisémitisme virulents dont font preuve les antidreyfusards.
 
 
 
Notions:
Médias de masse : désigne les médias qui ont une audience suffisamment large pour toucher un large public dans une société démocratique. Les médias de masse sont la presse (dès le milieu du XIXe siècle), la radio à partir des années 1920, la télévision à partir des années 1950, Internet depuis les années 1990.
Opinion publique : désigne l’ensemble des convictions, des jugements et des valeurs d’une société à une époque donnée. Les médias de masse, qui informent les citoyens et favorisent les débats contradictoires, contribuent à former l’opinion publique. Mis au point dans les années 1930 et fort répandus par la suite, les sondages ont l’ambition de mesurer l’opinion publique.
Crise politique : moment critique dans l’évolution d’un régime politique. Plus ou moins régulièrement, des crises politiques ébranlent la vie politique et sociale de la nation. Les médias peuvent révéler les crises politiques, les nourrir en informant l’opinion, les provoquer aussi parfois lorsqu’ils se trouvent être compromis avec le pouvoir.
 
Vocabulaire:
Censure : atteinte à la liberté d’expression pouvant émaner d’une autorité politique ou religieuse
Déontologie : ensemble de règles et de conduites éthiques qui guident une activité professionnelle.
Fichiers
Annexe 1   981.2 KB  
Annexe 2   5.8 MB  
Diaporama   6.7 MB  
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