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Y.VEYRET, G.GRANIER, DEVELOPPEMENT DURABLE, QUELS ENJEUX GEOGRAPHIQUES ? N°8053, 2006

par V.Dhennin Cavigniaux Février 2010

 

 

Introduction

Le développement durable a été défini par le rapport Brundland préparatoire à la conférence de Rio et publié en 1987 comme « le développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs ». Le processus vise donc à concilier l'écologique, l'économique et le social. Ce concept est au cœur d'un projet de société qui doit permettre de remédier aux dysfonctionnements d'un mode de développement dont les effets sont la désertification, la déforestation, le « trou » dans la couche d'ozone puis l'érosion de la biodiversité ainsi que le réchauffement climatique. Parallèlement, on constate que ce mode de développement n'a guère amélioré la situation des pauvres, ce qui pose la question de la croissance et du développement. Popularisé par le sommet de la Terre de Rio en 1992, le développement durable s'est affirmé comme un concept à la mode et une préoccupation des Etats, des régions et des communes mais aussi des décideurs industriels et tertiaires. Il est aussi devenu objet d'enseignement et sujet favori des médias. Le développement durable pose en fait de nombreuses questions liées au flou conceptuel et politique qui entoure cette notion, à la difficulté d'articuler des échelles pertinentes à sa mise en œuvre, aux conflits qui opposent ses nombreux acteurs. Il est donc nécessaire d'en souligner l'intérêt comme les nombreuses contradictions.

 

 

Le Sommet de la Terre, consécration du développement durable

 

Le développement durable, une longue histoire

Les premiers écologistes apparaissent au XIXe siècle ; ils proposent de  «  protéger » certains espaces naturels. Le changement de paradigme intervient dans les années 1960 (programme Man and biosphère de l'UNESCO) ; il est maintenant question d'associer conservation, développement et mise en réseau des espaces protégés. En 1972, un rapport connu sous le nom de « halte à la croissance ? » et réalisé par une équipe du MIT est remis au Club de Rome. Ce rapport conclut à l'impossibilité de maintenir la croissance au niveau de l'époque et préconise même la « croissance zéro » ; Cette réflexion s'inscrit donc dans une approche globalisée. Celle-ci est reprise dans la conférence de Stockholm, en 1972, qui propose la solution de l'écodéveloppement ; ceci implique une gestion raisonnable des ressources mais sans rejeter la croissance mise au service du progrès social.

 

Les apports de Rio

Le Sommet de la Terre, réunit en juin 1992 les représentants de 178 pays. Il aboutit à une déclaration qui précise que chaque pays devra mettre en place une politique de développement durable avant 1995 et souligne la dimension écologique du développement durable ; 4 thèmes sont mis en avant : la désertification, la gestion des eaux continentales, le changement climatique et la biodiversité. La notion de « patrimoine de l'humanité » apparaît pour désigner l'eau, la biodiversité.... La gestion écologique s'appuierait sur une sorte de gouvernement supranational relayé dans chaque pays par des structures nationales de développement durable. Le sommet accouche de deux conventions sur la biodiversité et les changements climatiques ; de deux déclarations sur la forêt et sur la désertification. «  L'Agenda 21 » (propositions non juridiquement contraignantes) précise les responsabilités dévolues aux acteurs de la société civile au niveau national comme au niveau local. Ce programme est aussi global car il propose un partenariat mondial pour sa mise en place dans les pays pauvres. L'Agenda 21 fixe des lignes directrices : lutter contre la pauvreté, modifier les modes de consommation dans les pays riches, surveiller la santé des populations, articuler croissance démographique et durabilité, gérer durablement les ressources. L'Agenda 21 insiste sur la participation d'acteurs comme les femmes, les jeunes, les partenaires sociaux et les ONG. Celles-ci aussi ont évolué, passant de la protection au développement durable. Cinq grandes ONG dont WWF sont très actives. Elles incarnent la société civile et s'attribue une légitimité auto-proclamée.

 

Les limites de Rio : dramatisation, incertitudes et globalisation

Même si les années 1980 ont confirmé l'idée de « crise écologique globale », il est nécessaire d'évaluer la validité scientifique de certaines données qui sont entachées de bien des incertitudes, y compris quand elles émanent d'organismes appartenant à l'ONU. L'expression « avancée du désert » provenant d'un document de l'UNESCO dramatise la situation alors que la désertification affecte des espaces bien circonscrits. La dégradation des ressources en eau n'a rien de planétaire, de même que l'effet des pluies acides. La déforestation n'est pas une donnée scientifiquement établie. La volonté d'agir en terme global montre donc ses limites. Un groupe de scientifiques du monde entier a d'ailleurs réagi dès 1992 en attirant l'attention sur le point de vue très écologique de Rio, au détriment des volets économique et social. Les mouvements écologiques ont eu néanmoins le mérite, même au prix de la dramatisation, d'attirer l'attention sur les dysfonctionnements liés au développement économique.

La difficile mise en œuvre du développement durable

Entre Rio et le Sommet mondial pour le développement durable de Johannesburg (2002), bien des conceptions ont évolué. L'éradication de la pauvreté est devenue le défi du monde actuel. Lors du nouveau sommet dit du Millénaire qui s'est tenu en 2000 sous l'égide des Nations unies, seul l'objectif 7 (sur 8) fait référence au développement durable ; de plus, l'analyse globale semble être abandonnée. Au sommet mondial de Johannesburg, en 2002, c'est la question du sous-développement qui est première. De plus, le principe de précaution laisse la place à  «  l'approche de la précaution » qui en diminue l'exigence. Cette évolution s'explique par le fait que certains états étaient très hostiles à l'élaboration d'un droit international ou n'acceptaient d'entraves à leur développement économique comme la chine, le Brésil ou l'Inde.

 

Le développement durable : approches économiques

La question entre croissance, développement et développement durable est centrale. La croissance est un processus quantitatif ; le développement est lui quantitatif. Pour certains économistes, la croissance économique est antinomique avec le développement durable car elle détruit le milieu naturel. L'économie néoclassique insiste sur la nécessité de poursuivre croissance et développement. Pour cela, il faut mettre en application le principe de « substitution » qui permet de remplacer du « capital naturel «  par du « capital technique » : grâce aux progrès techniques, des ressources de substitution remplaceront les ressources épuisées. Il faut aussi internaliser les coûts de destruction de l'environnement par l'instauration d'écotaxes et de droits à polluer afin de réaliser une meilleure allocation des ressources. On aboutit donc à une « marchandisation «  de la nature avec le principe « pollueur payeur ». L'économie-écologie refuse le principe de substitution car les différents éléments de la nature sont irremplaçables. Certains économistes lancent l'idée de la « décroissance » mais l'idée est difficile à admettre pour les pays pauvres. Certains économistes proposent donc la décroissance uniquement dans les pays riches tout en reconnaissant que les pays pauvres doivent pouvoir atteindre un certain niveau de développement. Le développement durable procède donc aussi de choix politiques et économiques avec comme question centrale le système capitaliste. Parmi les opposants, on trouve le mouvement altermondialiste qui conteste à la fois l'économie libérale et la mondialisation. Il a accru sa lisibilité grâce à la création d'un forum social (Porto Alegre, Mumbai) alternatif au forum économique mondial.

 

Développement durable et écologie

Le développement durable repose sur des constats de dégradation de la nature qui masquent souvent des incertitudes scientifiques car les questions environnementales sont complexes. La médiatisation conduit parfois à des affirmations fausses. La place et le statut de l'homme sont au cœur des questions écologiques. Ce dernier est souvent perçu comme perturbateur des équilibres d'une nature qu'il faudrait mettre sous cloche. On met l'accent sur les perturbations qui peuvent être aussi bien naturelles qu'anthropiques. Quelle nature protéger, pour qui et dans quel but sont les questions auxquelles il faudra répondre en tenant compte de la variété des approches locales.

 

Développement durable et volet social : la question complexe de l'équité

L'équité peut se définir comme le traitement personnalisé des individus en fonction de leurs besoins. Si l'on veut qu'il soit équitable, le développement durable doit permettre l'accessibilité de chacun à l'ensemble des biens, des services et le juste partage des ressources disponibles, y compris pour les générations futures. Le développement durable est incompatible avec la pauvreté, refuse les pratiques d'exclusion, d'échanges inégaux, de mise sous tutelle ; il nécessite une gouvernance locale avec consultation et participation des citoyens.

 

La difficile mesure du développement durable

Les indicateurs sont nombreux : taux de croissance démographique, de scolarisation, PIB, IDH, IPH... L'approche PER mesure les réponses apportées par les sociétés aux pressions sur l'environnement ; mais ces indicateurs sont sujets à des controverses car ils ne sont pas toujours scientifiquement pertinents. La notion d'  « empreinte écologique » (voir définition ci-dessus) est discutable.

 

 

Du global au local ou la difficulté d'articuler les différentes échelles

 

L'analyse globale et ses limites

A l'échelle globale, les grands principes définis entrent en conflit avec les intérêts économiques et géopolitiques des Etats (voir Protocole de Kyoto refusé par les Etats-Unis et l'Australie). Ceci réduit les possibilités d'application.

 

Le local : de l'Etat au citoyen

Dans les pays démocratiques, notamment européens, la sensibilisation commence à porter ses fruits. Le développement durable est intégré à l'aménagement du territoire. La Commission européenne a édicté de nombreuses directives sur l'eau, la biodiversité....La France a adopté une charte de l'environnement en 2005. La notion de « ville durable » est un exemple de ces préoccupations ; Dans les pays de l'UE, l'attention porté au développement durable porte ses fruits en matière d'espérance de vie mais n'a pas toujours amélioré les problèmes de pollution ou d'inégalités socio-spatiales. Dans les pays en développement, le développement durable peut apparaître comme un « luxe de riches » venu de pays qui n'ont pas forcément donné l'exemple. Les pays émergents comme la Chine évoluent cependant ; le gouvernement chinois a annoncé en 2006 qu'il allait consacrer durant 5 ans 175 milliards de dollars à la protection de l'environnement ; il coopère avec la France et le Royaume-Uni sur les projets de ville durable. Les villes des pays en développement accumulent de tels problèmes (assainissement, accès à l'eau potable...) qu'il est difficile pour l'instant de les gérer de « manière durable ».

 

Développement durable et rapports Nord/ Sud

L'application des principes du développement durable à l'échelle régionale ou locale peut aboutir à des résultats inverses à ceux prônés au plan international. L'écocertification du bois effectuée par le WWF concerne peu les pays en développement car les modes de gestion de la forêt sont différents ; le commerce du bois s'en trouve diminué et peut mettre en péril l'économie de ces pays du Sud voire conduire à des modes de gestion sauvage très destructeurs du milieu. Les pays pauvres peuvent aussi considérer le développement durable comme une forme d'ingérence. On peut craindre aussi que les organismes internationaux comme le FMI profitent du développement durable pour imposer un modèle économique unique fondé sur le libéralisme ; Déjà, les plans structurels d'ajustement imposés par le FMI aux pays endettés a conduit à des coupes financières dans des domaines comme l'éducation, l'accès gratuit à l'eau potable, en totale contradiction avec les objectifs affichés. La politique menée par la Banque mondiale, en dépit d'un « verdissement » n'est pas non plus satisfaisante : seuls 10 pour cent de ses financements totaux son consacrés aux projets environnementaux. Le développement durable a le mérite de poser des questions sur les pratiques des sociétés et à s'interroger sur les inégalités criantes de notre planète. Il ne peut être conçu comme une série de recettes à appliquer pour une meilleure gestion. L'articulation des échelles reste une question majeure .La dimension globale est importante médiatiquement mais l'approche locale permet de varier des pratiques pour parvenir aux objectifs globaux. Selon la formule de René Dubos, « penser globalement, agir localement » est fondamental.

 

 

 

Annexe : les grands principes du développement durable :

Principe pollueur- payeur : défini ci-dessus

Principe de l'utilisateur-payeur : l'utilisateur de biens doit participer au coût induit par l'utilisation des ressources ainsi qu'à celui des déchets.

Principe de précaution : l'absence de certitudes scientifiques ne doit pas conduire à différer l'adoption de mesures pour faire face aux risques de perturbation de l'environnement.

Principe d'ingérence : Le principe de solidarité et de responsabilité conduit à mettre en pratique l'ingérence lors d'une catastrophe ou en prévision de celle-ci.

Principe de responsabilité : il faut envisager le long terme pour rééquilibrer le pouvoir qu'a l'homme de détruire son environnement.

 

Définition de l'empreinte écologique :

« La surface terrestre et aquatique biologiquement productive nécessaire à la production des ressources consommées et à l'assimilation des déchets produits par cette population, indépendamment de la localisation de cette surface »

Cette notion a été diffusée au Sommet de Johannesburg par le WWF en 2002 ; Elle est considérée comme un indicateur destiné au grand public mais n'est pas un indicateur de développement durable notamment parce qu'elle fait abstraction du volet social.

 

 

 

V.Dhennin Cavigniaux Février 2010

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